Moulins deuxième

Suite de notre petite visite de Moulins, le 9 juillet dernier.

Après le déjeuner, nous partons à la découverte de la vieille ville. Le temps s’est à nouveau couvert. Il tombe quelques gouttes, mais rien qui puisse nous effrayer. Quand nous arrivons près du Beffroi, j’explique aux filles le système des automates. Elles ne comprenent pas vraiment comment la famille Jaquemart peut sonner la cloche, le père et la mère à chaque heure et les enfants les demies et les quarts. Quatorze heures sonnent alors et les automates leur font une belle démonstration. « Maman, ils ont ait comme tu as dit ! » s’exclame, émerveillée la plus jeune. « Le hasard fait bien les choses », commente la plus grande. Et moi de rétorquer : « Comment ça le hasard ? Mais je vous ai emmené ici à cette heure là exprès. Qu’est-ce que tu crois ? » Maman est toute puissante. Sinon, ça ne vaut pas le coup…



Nous continuons notre chemin dans les ruelles bordées d’antiques maisons. Et nous arrivons près de la cathédrale. Dans laquelle nous entrons évidemment. En soit, elle n’est pas particulièrement attrayante, sauf que le chœur est placé en son centre, et cela d’origine, ce qui était plutôt rare pour les bâtiment de l’époque (XIXe). Il paraît que le premier évêque de la ville, pourtant très proche de Rome, avait aussi des idées modernes. Et il faisait célébrer la messe face aux fidèles. Ce qui m’amuse beaucoup quand on sait que l’actuel pape vient de faire une concession aux intégristes en autorisant les messes en latin dites dos au public. Bon, de toute façon, je ne suis pas là pour disserter sur les façons de dire la messe, mais pour regarder les vitraux dont j’ai lu qu’ils étaient assez beaux. Ce qui est la stricte vérité, même s’ils ne sont pas très nombreux. Dans la partie la plus récente de la cathédrale, il n’y en a guère.



Si jamais vous visitez la cathédrale de Moulins, vous apercevrez sans doute un couple de personne âgées faisant le guet près d’une porte et qui toutes les demi-heures environs semblent, très gentiment, racoler le chalant. Laissez-vous faire. Il n’y a pas plus aimables que ces deux personnes-là et elles vous feront découvrir une des merveilles de l’art du XVe siècle. Le triptyque du maître de Moulins mériterait à lui seul qu’on aille tout exprès visiter cette ville. Le guide en raconte l’histoire avec un émotion et une passion sans cesse renouvelée. Et si par, malheur, il ne parle pas votre langue, un audiolangue sera sans doute disponible. Mais mieux vaut l’écouter lui, on en apprend bien plus. Et puis, il parle le langage de l’amour, compris de tout le monde, y compris des enfants qui ont suivi bien attentivement tout ce qu’il disait.

Quand on arrive dans la salle, le triptyque est fermé. Mais l’œuvre qui figure sur les battants extérieurs est déjà impressionnante. Peinte en grisaille, la scène de l’Annonciation est ahurissante de perspective. J’ai rarement vu cela dans des œuvres de cette époque. C’est à un point tel que sur les photos qui grossissent les détails et qui sont exposées au fond de la chapelle, on croit voir un groupe de sculptures. Sidérant et l’œuvre sans doute d’un maître, dont on ignore tout de l’identité, sauf qu’il s’appelait Jean car on a retrouvé une facture indiquant des paiements versés au peintre Jean…

Et puis le triptyque est ouvert. Il est somptueux. L’éclat des couleurs, la peinture, l’état de conservation sont extraordinaires et donnent à l’ensemble une grande fraîcheur. Sur le panneau central, l’illustration d'un verset de la Bible que je n’ai pas retenu, mais qui dit que la vierge est digne de la Lune et du Soleil. La Lune est effectivement aux pieds de Marie, le trône sur lequel elle est assise est accroché au soleil et celui-ci reproduit à sa périphérie les couleurs de l’arc en ciel. Une kyrielle d’anges sont en adoration autour de la mère du christ.

Sur la partie gauche, sont présentés Pierre II , duc de Bourbon et son patron, saint Pierre. De l’autre, son épouse Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et leur enfant, Suzanne, qui sera la dernière duchesse de Bourbon de la lignée des Beaujeu. Les étoffes sont merveilleusement rendues. Le travail des mains est d’une grande finesse pour l’époque. Bref, ce triptyque est absolument remarquable et le guide qui nous en parle nous en fait observer et découvrir chaque détail. Le commentaire en néerlandais est terminé, mais lui n’en a pas fini. Il laisse sortir les visiteurs non francophones et nous fait faire le tour de la pièce. Entre temps, le Nôm est arrivé et je lui montre deux ou trois choses sur le triptyque avant qu’il ne soit refermé.

Le guide nous fait ensuite admirer un reliquaire d’origine espagnole. Le christ sculpté est en ivoire et la croix en ébène. Sur son socle, de minuscule miniature dont on nous apprend qu’elle n’ont pas été peinte directement sur le reliquaire, mais qu’il s’agit de vieux parchemins découpés. Sans doute un vieux livre abîmé dont on a voulu sauver certaines de ses illustrations, dont des reproductions agrandies nous montre toutes les richesses. Et puis une vierge noire, qui trônait précédemment dans une des chapelles de la cathédrale, mais qu’on a préféré déplacer dans cette salle sous alarme par peur des cambrioleurs qui sévissent dans les églises de la région. Ils ne savent même pas ce qu’ils volent, s’amuse notre guide. Dans une chapelle, ils ne sont parti qu’avec la tête d’une statue, la seule partie qui n’avait pas de valeur car elle avait été refaite au XIX siècle…

Nous quittons la petite salle avec regret, et replongeons dans la cathédrale. Je reprends ma visite interrompue et découvre quelques vitraux d’assez belle facture, un escalier tournant très élégant, une mise au tombeau macabre, comme toutes les mises au tombeau et un vitrail de la vierge au trône qui me sidère car il est indiqué datant du XVe siècle : la tête des personnages est elle très moderne et évoqueraient plutôt un Dubuffet.



Garance va de chapelle en chapelle. Elle s’attarde, regarde partout. Déjà, quand elle est entrée dans la cathédrale elle a déclaré qu’elle voulait prier. Cela fait plusieurs fois qu’elle affirme croire en Dieu. Je l’observe de loin. Je me souviens que l’an passé, au Portugal, j’avais remarqué chez elle un penchant mystique. Il se confirme. Je m’approche et nous discutons un peu. Elle a toujours eu un peu peur de me dire ce qu’elle pensait, parce qu’elle sait ce que moi je pense. Mais je me suis toujours promis de respecter le choix de mes enfants. Si c’est pour elle un besoin, une nécessité, je refuse de m’y opposer. Et je le lui dis. Si elle veut prier, elle en a le droit et je me battrais pour qu’elle le garde. Elle sourit, elle aimerait bien aller au catéchisme à la rentrée. Il va me falloir prendre rendez-vous avec le curé de notre paroisse en septembre. Si ça se trouve, je vais même être obligée de la baptiser…



Peu avant de sortir, je me rend compte que le vent s’est mis à souffler de folie. Le signe d’une bonne avalasse d’eau, comme on en a connu une la veille déjà. Chat mouillé ne se fait pas avoir deux fois. Nous restons prudemment à l’abri. Et bien nous en prend. Des trombes d’eau se mettent à tomber. Le Nôm me rejoint à l’intérieur. Je lui parle de la foi de Garance. Il sourit. Il est content. Lui est croyant.

Je me rappelle d’une discussion mémorable que nous avions eu tous les deux : il voulait faire baptiser les enfants, je refusais. Il insistait et entendait même se passer de mon consentement. Je l’ai menacé : si tu fais ça, je te fais un tel scandale dans toute l’église que tout le monde va s’en souvenir longtemps. Quelque chose dans ma voix l’avait convaincu de me croire. Heureusement pour lui. Maintenant, c’est à moi de tenir ma promesse… Le Nôm va rejoindre Garance. Elle a envie d’allumer un cierge. Il lui en achète un. Elle me le racontera ravie. « Et puis j’ai fait une prière. » Moi aussi s’exclame Léone qui ne sait pas de quoi on parle et qui est beaucoup plus conquise par l’idée de jouer avec une bougie que par ce que représente le cierge.



Pour les photos, toujours pareil, vous cliquez et hop ! vous pouvez en voir d'autres...

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