A la poursuite de l'Aerosol (merci Jef)

J’aime les samedis. Je me lève tard, enfin, la plupart du temps. Pratiquement 11h30 ce matin. Que les filles n’aient jamais école le samedi est pour moi une bénédiction.
J’ai bu un grand bol de thé tout en regardant mes mails, en postant quelques photos. Puis préparation du déjeuner. Le Nôm a fait mariner de la viande pour les brochettes, je prépare le riz, mets à griller la barback. A 14 heures, nous sommes à table. Lou s’est faite belle. Cet après-midi, elle va à sa première surprise partie. Elle est jolie comme un cœur : jupe à gros carreaux noir et blanc qui part en godet, justaucorps noir, petites ballerines. Très années soixante, comme dans la chanson…
La jupe et le top, je les portais avant sa naissance, quand j’ai rencontré son père. C’est un petit peu grand pour elle, mais à peine. Cela ne se voit guère. Tout à l’heure, elle partira chez sa copine qui l’héberge pour la nuit et l’emmènera à l’anniversaire d’une autre amie de la classe. La soirée est prévue de durer de 18 heures à 10h30, elle doit m’appeler dès qu’elle est rentrée.

Pour ma part, j’hésite entre glander, repasser, et aller faire une escapade avec les deux plus jeunes. Enfin, je n’hésite pas vraiment, il faut juste que je décide les filles. Elles aimeraient faire du roller, moi des photos. J’emporte le morceau quand je leur propose d’aller dans un endroit de Paris qu’elles ne connaissent pas. Nous préparons les appareils et nous partons vers la place Pigalle, pour prendre le 67.



Le bus nous emmène jusqu’à Saint-Louis en l'île. Nous traversons la Seine par le pont de la statue de sainte Geneviève, patronne et protectrice de Paris, dont j'oublie de leur raconter l'histoire. Dommage, nous n'avons pas tant d'héroïnes que ça. Nous descendons sur les quais. Elles sont toutes étonnées d'apprendre que des gens vivent dans des péniches. Je ne sais pas si ça leur fait envie, ou pas… Nous suivons le jardin Tino Rossi, en bordure de Seine. Jeux, fleurs, mais aussi tentes de SDF. Le ciel hésite entre le gris et le noir. Je crains l'orage…



Je leur montre certaines maisons, de l’autre côté du fleuve. La comparaison est saisissante. Nous émergeons près d’Austerlitz pour traverser le jardin des plantes. Là, un immense dragon nous attend. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un animal de cette taille. Il crache le feu, mais il n’a pas l’air très méchant. Tout d’argent vêtu, il nous fait admirer sa parure faite de canettes. « Ça c’est de la récupération ! » m’exclame-je. Il reste de marbre face au compliment.



Tant pis, nous continuons notre route qui est aussi celle d'une noce . Il est noir bleu, elle est blondissime. Ils avancent en se tenant par la main et les passants leur crient : « Vive les mariés ! » Sourires énormes de part et d'autre. Léone veut leur offrir des fleurs et j'ai bien du mal à la convaincre de ne pas cueillir celles du jardin pour les leur porter…
Plus loin, nous tombons sur les animaux de la galerie de l’évolution en train de faire du manège. Eh bien, on ne s’embête pas par ici, le samedi ! Mais les bêtes n’ont rien à faire de ce que je peux bien penser. Elles tournent encore et encore, à la plus grande joie des enfants. Pas des miennes. Garance m’a prévenue : « Tu sais, je ne suis plus très manège, moi… » et Léone ne réclame rien. Sauf à boire. Elle meurt de soif et comme à ma grande habitude, j’ai oublié tout le matériel à la maison. Ce n’est pas grave, on achetera en chemin.



Nous sortons du jardin et saluons de loin la Mosquée de Paris, dont les jardins sont envahis de touristes. A quelques rues de là, une de mes anciennes universités me hèle : « Hé ! tu te rappelle ? » Bien sûr que je me souviens. Déjà, en passant devant le restaurant universitaire, une bouffée de souvenances m’a fait monter la nostalgie aux joues. Les trois restaurants, chacun à leur étage. Pas très bons, sauf celui où l'on mangeait tous les jours du couscous, un jour au mouton, un jour au poulet, un autre aux merguez, etc. Alors ma fac, bien sûr, ce n’est pas comme si c’était hier, mais je n’ai rien oublié.
C'est curieux, lorsque l'on regarde ses souvenirs, il y a des détails qui vous reviennent d’un coup, et d’autres pour lesquels on se demande si on a vraiment oublié ou si ça a été ajouté après. Ainsi, ce bâtiment en verre, devant, était-il là ? Est-ce un ajout ?



J’emmène les filles plus loin, vers la rue Mouffetard. Nous tombons sur une Miss Tic un peu effacée par les intempéries, mais qui a encore fière allure. Et puis aussi un Space Invador. Nous les traquons pour nos albums respectifs. Comme les papillons, l’appareil photo servant de filet. Nous traversons la rue Monge et empruntons la rue de l’Arbalète. Aujourd’hui, dans le quartier, ce sont les Lézards de la Bièvre, deux jours pour visiter les ateliers d’artistes du quartier, avec en guise d'itinéraire les pochoirs de FDKL. Le Miss Tic Fan Club a organisé une visite pour les passionnés de la graffeuse et les photographes, mais le départ était à 14h30, impossible pour moi d’y être. Au moins sommes-nous sur place au retour de l’équipée. Partout, il y a des pochoirs, de Jef Aerosol, annoncé pour une dédicace de son dernier livre, de Miss Tic, qui ne peut venir pour cause d'exposition à Venise, de Mesnager aussi. Et de nombreux autres. Les filles se régalent. Mais je n’oublie pas qu’elles meurent de soif. D’ailleurs, c’est difficile à oublier, elles réclament à boire à corps et à cri. A moins de passer pour une mère totalement indigne, j’ai intérêt à obtempérer.



Jef Aerosol arrive, s’installe avec ses livres, ses marqueurs et sa bonne humeur. Il dédicace à tour de stylo. Les petites veulent un autographe. Mais elles n’ont pas de papier. Une femme charmante leur donne une feuille chacune qu’elles tendent illico à l’artiste. Enfin, illico, après un bon quart d’heure d’hésitation timide. Il leur écrit deux petits mots adorables, elles sont en joie. Mais Léone en veut plus. Elle rêve d'un tatouage. C’est une fan, de tatouages surtout. Si je la laissais faire, elle aurait le corps couvert de dessins. Alors le Jef lui colle une belle flèche rouge et son nom. Elle est fière comme Artaban.




Nous reprenons notre route, remontons la rue Mouffetard jusqu’à la place de la Contrescarpe. Un homme et son orgue de barbarie jouent la chanson de Gainsbourg :
« D'avoir vécu le cul
Dans l'herbe tendre
Et d'avoir su m'étendre
Quand j'étais amoureux
J'aurais vécu obscur
Et sans esclandre
En gardant le cœur tendre
Le long des jours heureux
Pour faire des vieux os
Faut y aller mollo
Pas abuser de rien pour aller loin
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleu
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleu. »


J’adore cette chanson et je chante avec l’homme qui sourit. « Sacré Gainsbarre, me fait-il. Et sacré Michel Simon. »

Nous prenons la rue du Cardinal-Lemoine, recroisons la rue Monge. Puis descendons vers la Seine. Les filles commencent à tirer la jambe. Je vise l’arrêt du bus au pied de l’institut du Monde Arabe. Nous nous arrêtons dans une boutique pour acheter de l’eau et de quoi goûter. Elles ont besoin de ces dernières forces pour avancer. Nous croisons Jussieu la désossée. Depuis combien de temps montre-t-elle ses dessous à tout vent ? Cette histoire d’amiante se racontait déjà quand j’étais étudiante… Le temps passe, mais pas si vite finalement.



Enfin l’arrêt, les mominettes s’écroulent sur le banc. Elles ont bien marché. Nous voyons passer Zidane sur son scooter. Le 67 se fait appeler Désir. Mais n’est pas tramway qui veut. Quand il arrive au bout d’un bon quart d’heure, il est bondé. Petit à petit, nous arrivons à nous caser. Je leur montre encore deux trois trucs, prends quelques photos. Mais la fatigue se fait sentir. Nous arrivons à la maison en même temps que le Nôm. Je les envoie au bain où elles s’écroulent et reprennent suffisamment de poil de la bête pour me transformer la salle d’eau en piscine. Ce n’est pas grave, je suis habituée. Dîner de salade au hareng doux, fromage et fraises goûtues. La vie est belle, et c’est tant mieux.
Onze heures, la grande m’appelle enfin. « Alors, c’était bien la fête ?
– …
– Eh bien, dis-moi, c’était bien ?
– Ouiiii… Enfin, ma copine a aimé les cadeaux et tout, mais je n’ai dansé que deux slows avec celui que je voulais. Et encore, c’est moi qui lui ai demandé, alors… »
Fillette désenchantée. Elle est trop grande pour les petits gars de son âge. Il lui faudra attendre encore quelques années avant d’avoir du succès. Mais ça viendra. Elle ne le sait pas encore. Elle voudrait avoir un amoureux. Demain, quand elle rentrera, elle aura oublié. Nous irons faire du roller et je gueulerai parce que je me paierai des gadins formidables et ça la fera rire.

Demain…

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