Une médaille, c'est mieux qu'une coupe…

Etre parent, c'est formidable. Surtout quand il faut se lever aux horreurs pour accompagner son aînée à une compétition d'escrime alors que, sincèrement, on aimerait plutôt se battre avec sa couette. Surtout un dimanche de printemps où on change d'heure…
J'ai pourtant de la chance, j'ai une fille. Les garçons, en raison de leur grand nombre, commencent à 8 heures du matin quand les donzelles n'arrivent qu'à 10 heures. C'est déjà bien assez tôt comme cela.

La salle était sordide, elle vient d'être refaite. Et même si elle est au deuxième sous-sol de la tour Montparnasse, ses peintures blanches, ses grands miroirs la rendent maintenant supportable. D'autant qu'il ne fait pas un temps inoubliable à l'extérieur.

Dans la même salle auront lieu pas moins de six compétitions : fleuret benjamin, fleuret benjamine, sabre idem. Sabre pupille et fleuret pupille par équipe. En dessous de benjamin, les compétition sont mixtes. La salle grouille donc de gamins habillés de blanc, on ne sait plus ou mettre les pieds.
Les temps de compétition sont des moments à part. Il ne se passe rien de notable pendant des heures, les enfants se préparent, s'échauffent, discutent. Une vraie cours de récréation. Les parents se saluent. Je ne fais plus l'erreur d'emmener un livre ou du travail. Parce que lorsque ça commence, on est aspiré dans le mouvement et il est difficile de s'en abstraire.



D'ailleurs, Lou ne me laisserait pas faire. Les compétitions d'escrime à ce niveau là se font en deux temps. Il y a d'abord une compétition par poules, qui donne un classement entre les enfants. Puis il y a un tableau avec élimination directe.

En poule, Lou a cinq matchs à faire. Elle en gagne facilement trois, par 4 touches à zéro. Mais elle en perd deux autres. Elle n'est pas inquiète, elle sait que perdre un match en poule n'est pas très grave. Le tout, c'est de ne pas en perdre trop pour ne pas être trop mal classée et rencontrer les meilleurs dès le début du tableau.
Temps mort. Les poules sont terminées. Il faut que les arbitres compilent les résultats et fassent le tableau. Lou est neuvième. Pas trop mal, elle évite le premier tour du tableau. Cela lui fera un match en moins. Mais cela risque de la déconcentrer plus. Elle a souvent du mal en début de tableau, elle n'est plus dans la compétition à cause de la coupure.

Partout des jeunes filles s'installent pour déjeuner. L'une sort même un grand plat de pâtes assez consistant. Lou, elle, ne veut rien avaler. Je la force à manger au moins des barres de céréales et à boire, à boire encore. Il fait terriblement chaud. Elle ne se rend pas encore compte que manger, c'est aussi se donner de l'énergie. Et vu ce qu'elle dépense en un seul combat, elle devrait. Il faut qu'elle apprenne seul, je n'insiste pas.

Son tour arrive. Elle tombe contre une fille un peu plus âgée qu'elle. Il y a deux année de benjamine. Lou fait partie des premières années, son adversaire des secondes années. Parfois, il n'y a que quelques mois de différence. Là, vu le physique de la jeune fille en face, il y a sans doute un peu plus.
Le match est serré. Lou est d'abord mené. Elle remonte son adversaire. Une touche à elle, une touche à l'autre. Jusqu'à la fin, l'issue est incertaine. A chaque touche obtenue, Lou serre le poing en criant. Je ne l'ai jamais vu dans cet état. L'arbitre siffle une pause. Je la bichonne, son maître d'armes lui donne deux trois conseils. Et elle repart à l'assaut. La pression est énorme et je ne le vis pas très bien. Je n'ai jamais aimé les compétitions à cause de cette pression que je n'ai jamais appris à gérer. Il m'est arrivé de perdre ou de balancer des matchs à cause de cela. J'ai préféré arrêter. Je ne supporte pas de perdre, mais je ne crois pas suffisemment en moi pour me donner les moyens de gagner.

Lou se bat. Les deux filles sont à 7 touches partout. La prochaine qui marque remporte le combat. Et c'est Lou. Elle pousse un hurlement de rage et de joie mêlées, enlève son masque et éclate en sanglot. Je suis vidée par l'émotion. C'est violent. Elle me tombe dans les bras et nous nous faisons un gros câlin. Je la prend en photo, mettre à distance tout de suite, pour elle, pour moi. Elle n'a pas fini sa compétition.



Le match suivant, un parent qui a lui-même une grande fille en compétition et connaît bien l'adversaire de Lou, me glisse à l'oreille un petit conseil que je m'empresse de répéter à ma gamine. Ça marche, Lou gagne son match facilement 8 à 1, trop facilement ? En tout cas, elle est en demi-finale et assurée d'une troisième place, et c'est déjà formidable.

Mais elle trouve que ce n'est pas suffisant, elle en veut plus. Elle se prépare à son assaut. Son aversaire est coriace. Mais surtout, son maître d'armes, au lieu de rester en bout de piste, se place à côté de l'arbitre et face à Lou. Il intervient toutes les trente secondes. C'est une manœuvre totalement contraire à l'esprit et à la loi, mais assez habituelle dans les compétitions. Beaucoup d'enfants sont drivés de très près. Ce n'est pas le cas de ceux du club de Lou. On n'y a pas le même esprit. On ne cherche pas des champions à tout prix quitte à casser des enfants, mais à construire des futurs adultes. En compétition, si le maître d'armes rassure de temps en temps et garde un œil sur ses ouailles, il considère aussi qu'ils doivent apprendre à se battre seuls.

Mais l'autre réussit son coup. Non seulement, Lou se voit refuser deux touches, mais elle est déstabilisée. Elle n'arrive pas à se recentrer dans le match tellement elle est furieuse. A la pause, elle n'est que colère, ce qui n'est pas très bon. J'essaie de la calmer, de lui dire que ce n'est pas fini, qu'il faut qu'elle se concentre. Mais je crois qu'elle est à bout d'énergie. Elle perd, à deux touches. Elle est encore en larmes, mais de rage ce coup-ci. J'essaie à nouveau de la calmer mais elle ne veut rien entendre. Elle a l'impression de s'être fait voler son match, ce qui n'est pas tout à fait vrai, son adversaire était coriace. J'explique ce qui s'est passé au maître d'armes de ma fille. « Je connais le bonhomme, il fait cela tout le temps. Mais il faut que Lou s'habitue, elle verra bien pire. » Il tente tout de même de calmer ma donzelle et nous demande si nous pouvons rester jusqu'à la remise de médaille.

J'envoie Lou se changer. Nous attendons la fin de la compétition des garçons et des filles. Le club n'est pas trop mal placé. Deuxième et troisième places chez les garçons, troisième place chez les filles. On est content. Lou est vidée, nous rentrons à la maison. Elle digère sa défaite. Elle est contente de sa performance. Elle sourit : « Et puis tu sais, une médaille, c'est plus facile pour frimer au collège qu'une coupe. »


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