17 mars

Il est un peu plus de 11 heures. Je presse les filles, nous devons partir. Rejoindre la manif des sans-papiers. Le plan, c’est d’aller sur la place devant l’église Saint-Bernard, participer au pique-nique organisés pour les gamins qui sortent de l’école (il y en a trois qui se jouxtent quasiment) puis partir dans les rues en criant notre soutien. Mais nous sommes en retard, vite, il faut se dépêcher.

Nous rejoignons la rue d’Orsel, dans la petite supérette discount, nous achetons des provisions : jambons, chips et surtout gobelets en plastique, il paraît qu’il va en manquer.

Nous remontons vers la rue André Del Sarte, redescendons par la rue Poulet, ah mince, j’aurais du prendre la rue Christiani, ce n’est pas grave, nous rattraperons plus tard. Nous traversons le boulevard, ligne de démarcation entre le Bas Montmartre plus cossu et la Goutte d’Or, cet autre monde que beaucoup considèrent comme infréquentable. Un no man’s land, quasi un autre pays. C’est pourtant encore un des rares vrais quartiers populaires de Paris.

Nous croisons des enfants qui sortent de l’école, cartable au dos, vite, on avait dit qu’il fallait se retrouver juste après la classe. Je presse ma petite troupe et nous arrivons rue Richomme, il n’y a qu’à défiler les rues, déjà j’aperçois le clocher de l’église.

Solidarité pour les sans-papiers


Sur la place, pas vraiment de monde. Par contre la petite place est bien entourée avec les RG d'un côté et les policiers de l'autre… Et je me rends compte que, finalement, nous sommes plutôt à l’heure, voire en avance. Je donne un coup de main, prend quelques photos.

Solidarité pour les sans-papiers


La place se remplit au fur et à mesure, des enfants, des parents, des musiciens, des acteurs, et même des hommes politiques. Et puis aussi des cameramen et des photographes. Sans doute grâce au maire. Delanoë est venu de son lointain hôtel de ville accompagné du député local. Ils saluent et discutent avec Philippe Torreton, donnet des pongées de main, embrassent des mamas et serrent des enfants sur leurs cœurs. Autour d’eux, la cohue. Certains photographes professionnels bousculent violemment la foule autour de l’édile et quelques possesseurs d’appareil numérique heureux de pouvoir faire une photo souvenir… Poussez-vous de là, on travaille nous ! L’un est particulièrement odieux. Il paraît qu’il bosse pour une grande agence de presse. Ça ne lui donne pas le droit de se conduire comme un porc, fulmine une de ses consœurs. Effectivement, il y a des baffes qui se perdent.

Pique-nique républicain pour les sans-papiers


Je fais le tour de la place, écoute les différents discours, Torreton lit le texte du film : laissons les grandir ici. Puis il replit sa feuille, regarde la foule, respire un grand coup et se lance. Il n’a pas envie d’en rester là. Il veut prendre partie. Il n’est pas uniquement ici pour soutenir, lire un beau texte. Il veut dire qu’il partage l’indignation, le dégoût, la peur. Il ajoute quelque chose que je dis souvent moi-même : « J’ai deux enfants, jeunes. Que leur dirai-je si plus tard il me demande : et toi papa, qu’a tu fais pour protéger ces gens, ces enfants. » Oui, que dirons-nous ?

Pique-nique républicain pour les sans-papiers


Une femme apporte deux plat de couscous. Une autre un énorme plat de tieboudien. C’est la ruée dans la bonne humeur, chacun a envie de goûter. Elles sont heureuses de voir les mines gourmandes des gens qui se pressent. Elles n’ont pas grand chose, mais il est important pour elles de partager. Les policiers chargés d’ouvrir le cortège tout à l’heure demandent s’il peuvent avoir quelques trucs à manger. On leur passe qui une part de quiche, qui une assiette de couscous. On fait assaut d’amabilité. A la bonne franquette.

Pique-nique républicain pour les sans-papiers


Les discours sont finis, le maire et le député prennent congés. La fanfare prend le relais. Ce sont des jeunes qui font le bœuf. Un homme armé d’une cornemuse s’approche et, entre deux morceaux, discute avec un des musiciens. Puis il se joint à eux. Super moment de communion dans la musique. Les enfants sont autour de la fanfare et observent avec cet air sérieux et concentrés qui est le leur, souvent, en pareille occasion quand les adultes, eux, sourient et se dandinent.

Pique-nique républicain pour les sans-papiers


Un groupe arrive du 9e arrondissement pour défiler avec nous. Le cortège se met en place. Derrière les policiers et la voiture avec la sono, les banderoles s’organisent et c’est le départ. Nous ne suivons pas. J’ai une autre mission à remplir cet après-midi. Je reste un moment à papoter avec des amis, nous allons prendre un café, puis je rassemble les filles et nous partons, direction l’hôpital de Saint-Louis.

Une nièce du Nôm est arrivé samedi dernier de Guadeloupe avec sa maman. Elle a une leucémie. Ma belle-mère m’a appelé le week-end dernier et nous avons promis d’aller rendre visite aussi souvent que possible. C’est une gamine si jolie, vive, coquine en diable. Comment a-t-elle pu attraper pareille saloperie. Il paraît qu’à cet âge, 3 ans, le taux de guérison est le plus élevé. Oui, mais quand même !

Nous arrivons à l’hôpital, immense, mais nous trouvons assez facilement. Au troisième étage de ce bâtiment, une flèche indique le service concerné. Nous passons dans un sas, il faut protéger au maximum du contact avec l’extérieur. Nous cherchons la chambre de la petite. Elle est dans un coin reculé. Nous croisons l’infirmière qui nous accompagne. Mais avant d’entrer nous devons mettre des masques et des blouses. Et puis nous sommes un peu nombreuses, nous ne pourrons pas rester très longtemps.

La petiote a l’air en plein forme. Elle tyrannise sa mère et ses cousines qui se laissent faire de bon cœur. Elle est chez elle, elle est dans sa chambre et dans son lit. C’est la reine. Elle a bien grandit depuis la dernière fois que nous l’avons vu. Ce qui a quelque chose de rassurant. Sa mère m’explique comment ils se sont rendus compte de la maladie, le baptême qui devait donner lieu à une grande fête et qui a été fait juste avant de monter dans l’avion. Et puis les soins : conjurer l’infection et faire des recherche pour savoir de quelle type de leucémie elle est atteinte. Elle devrait commencer la chimio dans une semaine. Le temps passe à toute allure. Il faut déjà partir. Nous disons au revoir, sans nous embrasser, toujours ces maudits microbes. Et nous quittons l’hôpital.

Nous nous dépêchons, Lou a son cours d’escrime dans moins d’une demi heure. Au gymnase je me pose un quart d’heure. Puis je repars avec Garance, Léone veut rester avec sa grande sœur. Bus, maison, un peu de repos, je charge les photos sur l’ordinateur. Et puis trop vite arrive l’heure de faire à manger, allez crêpes pour tout le monde. Le Nôm rentre. Nous dînons, et pendant que je passe ma soirée à faire des mise à jour sur l’ordi, il regarde le combat de Mormeck. Il crit parfois : Attention, protège toi, les mains, les mains. Il me fait sursauter. JE finis par aller voir la fin du combat. Les deux hommes sont ivres de fatigue et titubent sur le ring. Enfin, Mormeck a vaincu au point, double champion du monde. Sé Gwadloupéyen nou yé !

La journée aussi a été vaincue. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance…

Fatal error: Uncaught Error: Call to a member function updateGetPostParams() on null in /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/cache/cbtpl/63/7c/637c4fae9fc453bcae52cef7f0a9e9ba.php:604 Stack trace: #0 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/libs/clearbricks/template/class.template.php(252): include() #1 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/class.dc.template.php(227): template->getData('post.html') #2 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(133): dcTemplate->getData('post.html') #3 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(500): dcUrlHandlers::serveDocument('post.html') #4 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/libs/clearbricks/url.handler/class.url.handler.php(146): dcUrlHandlers::post('2007/03/19/699-...') #5 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(194): urlHandler->callHandler('post', '2007/03/19/699-.. in /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/cache/cbtpl/63/7c/637c4fae9fc453bcae52cef7f0a9e9ba.php on line 604