Portrait de sans papiers : Nino et Georgi, les déracinés

Nino a 28 ans, elle est géorgienne. Georgi, son fils, vient d’avoir 8 ans. Il va à l’école du quartier. Tant qu’il est en classe, elle respire. Mais dès qu’il sort de l’école, c’est l’angoisse. En effet, elle est sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière, que l’on appelle plus communément APRF. Si elle est arrêtée avec son fils, c’est le centre de rétention assuré. Et l’expulsion vers la Géorgie. Où elle ne veut pas retourner. Qui n’est plus son pays. Elle n’a plus aucune attache là bas. Quasiment toute da famille a quitté le pays. Son père l’a reniée. Son ancien mari ne veut ni la voir ni connaître leur fils. Pour elle, sa place est ici, en France, pays qu’elle a choisi quand toutes les portes se sont fermées, ailleurs.

La France et elle, ce n’est pas une histoire récente. Au collège déjà, elle prenait des cours supplémentaires avec son professeur de français pour apprendre la langue et l’enseigner à sont tour.

Elle est arrivée en France la première fois en avril 2001. Son fils avait deux ans et demi. Elle a été pris en charge par la Cafda. Georgi a été scolarisé presque tout de suite. Elle a rempli un dossier de demande d’asile auprès de l’Ofpra. Qui a envoyé son refus par courrier, sans même la recevoir. Elle a saisi la commission de recours, qui lui également signifié un refus six mois plus tard.

Elle est partie en Allemagne où elle n’est restée que quelques semaines. Un matin, la police a frappé à la porte de son hôtel. Elle a ouvert. Comme elle ne comprenait pas un mot d’allemand, les policier lui ont mimé le vol d’un avion et les emmenés, elle et son fils, directement à l’aéroport où ils ont été mis dans un vol à destination de la Géorgie.

Les cauchemars de Georgi ont commencé à leur arrivée là bas. Il avait 5 ans, ne parlait pas un mot de géorgien. Il pleurait tous les jours en demandant de rentrer à la maison, en France.

Ils sont restés trois mois chez le parrain de Georgi. La seule attache qui leur reste dans leur pays natal. « C’est fini pour moi la Géorgie, explique Nino. A partir du moment où l’on part, on l’on demande l’asile, on ne peut plus revenir : on n’a plus le droit de travailler, de faire des études. On n’est plus rien. Il fallait que je reparte. » Nino a une détermination à toute épreuve. Elle veut rester en France, pour elle, mais surtout pour son fils. Lui ne veut plus vivre là bas, dans ce pays où il ne connaît personne, où il n’y a pas de lumière (ils sont d’une petite ville), pas de chauffage. Même dans leur chambre minable à Paris, ils sont mieux que là bas.

Après trois mois, elle prend l’avion pour l’Ukraine. De là, elle passe à pied la frontière slovaque avec deux autres compatriotes et l’aide d’un passeur qu’ils paient 600 euros chacun. Ils prennent le train jusqu’à la frontière tchèque qu’ils essaient de passer seuls, n’ayant plus d’argent pour payer les passeurs. Mais ils se perdent et marchent pendant deux jours et deux nuits sans manger ni boire, se relayant pour porter l’enfant qui n’en peut plus. Il a beaucoup pleuré. Nino aussi, mais il fallait continuer à marcher.

Arrêtée par la police en République tchèque, elle y demande l’asile pour gagner du temps. Elle y reste huit mois jusqu’à ce que sa sœur réussisse à lui envoyer un peu d’argent. Car pas d’argent, pas de passeur et aucune chance d’arriver en France.

Ils partent pour l’Autriche à pied, avec un passeur. Ils réussissent à traverser la frontière mais se font arrêter. Là, Nino redemande l’asile, toujours dans le but de gagner du temps. Sa sœur lui envoie de nouveau de l’argent et elle achète des billets de train pour l’Italie.

A la frontière, les carabiniers contrôle tout le train. Tout le monde, sauf Nino. Elle n’en revient toujours pas. Elle arrive de nuit à Rome. Le train pour la France part le lendemain, elle passe la nuit dans la gare, achète les billets puis prend le train pour Nice. Avant de quitter l’Italie, les carabiniers la contrôlent, mais la laisse passer en lui recommandant de bien faire attention à la police française… Arrivée enfin à Paris, elle retourne à la Cafda qui refuse de la prendre en charge car Nino doit prouver qu’elle a bien été expulsée vers la Géorgie. Mais Nino n’a aucun contact en Allemagne pour établir cette preuve. Heureusement, elle arrive à entrer en contact avec un médecin géorgien, qu’elle a vu pendant son séjour là bas et qui accepte de lui envoyer une attestation qui prouve qu’elle était bien en Géorgie. L’assistante sociale de la Cafda accepte alors de la prendre en charge elle et son enfant.

Ils sont envoyés dans un hôtel du Val de Marne. Mais la mairie refuse d’inscrire son fils à l’école. Elle fera d’ailleurs vider l’hôtel qui ose accueillir des sans-papiers sur son territoire. Nino s’installe alors dans le 18e. Georgi entre en CP. Il est maintenant en CE2. C’est un beau petit garçon, très farouche. A l’école, il se sent en sécurité. Sinon, il ne supporte pas la foule, ni d’être séparé de sa mère. Il ne sourit pas beaucoup, parle encore moins. Il est toujours sur le qui-vive. Et quand il lève vers vous ses grands yeux verts, on y lit à la fois la peur, la méfiance et l’incompréhension.

J'ai rencontré Nino en septembre, lors de la première réunion de l'année scolaire du Comité de soutien de notre école. Elle avait déposé, avec l'aide de RESF une demande de régularisation au titre de la circulaire Sarkozy. Son fils est scolarisé en France depuis plus de deux ans, elle n'a plus d'attaches avec son pays d'origine, elle parle bien le français, son fils et elle sont intégrés, cela aurait pu être un cas exemplaire. Mais son dossier, une fois de plus, n'a pas été examiné et elle n'a reçu que la confirmation de son APRF. Quand nous l'avons reçue, les possibilités de recours étaient épuisées. Il n'y a pas d'issue. Je la vois régulièrement parce que nous avons sympathisé et que je suis sa marraine. Une marraine bien impuissante qui ne sait pas trop quoi faire pour l'aider.
Alors je lui ai demandé de me raconter son histoire pour ce projet qui me tient à cœur, le Blog Terres d'accueil, qui doit réunir des photos de lieux d'accueil et des portraits de gens sans-papiers, pour leur donner une autre réalité que de simples chiffres… Si vous souhaitez participer, vous pouvez m'envoyer des photos et des textes (pas de polémique, juste des portraits de gens qui sont dans cette situation).



Photo : Luc Pages

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