Vingt-quatre heures (3)

J'arrive enfin au journal. Il n'y a rien de prêt. J'ai beau connaître notre « organisation », je suis toujours un peu surprise. Rédacteurs et maquettistes ont préféré regarder le match. Du coup, mes collègues qui étaient convoqués à 21 heures n'ont pas eu de grain à moudre, ce qui les énerve un peu. Je les comprends. Ils tournent en rond et rongent leur frein. Seule l'une d'entre nous est à pied d'œuvre sur des pages commencées vendredi soir et qui n'était destinées à la publication qu'en cas de défaite.

Dans le métro, les gens sont tristes, abasourdis. Personne ne commente. Changement à Villiers, j'attends un bon moment sur le quai. Je baille, hum, ce n'est pas le moment. Je n'ai pas voulu prendre le vélo ne sachant dans quel état de fatigue je serai au retour. et comme il n'y aura pas de liesse, un taxi sera tout à fait bienvenu.

L'attente commence. Je grignote, histoire de faire passer le temps. Les sucreries sont servies avant le salé. c'est un bon résumé de notre situation. Je surfe sur le Net, j'écris ma note sur Thuram, je saisis et met en ligne une note écrite il y a longtemps sur le voyage en Guadeloupe. J'avance des pages sur le numéro suivant. A un moment, je lève la tête : il est 4 heures du matin. Je pars dans une heure et le boulot n'est toujours pas tombé. C'est n'importe quoi ! Je râle. Je ne suis pas la seule. Je repartirai à 5 heures en ayant, en tout et pour tout, entré dans quatre pages les folios et les crédits photos. Ça valait vraiment le coup de venir...

Dans le taxi, j'échange quelques mots avec le chauffeur qui voue l'Italien qui a provoqué Zidane aux gémonie. Il aurait traité Zizou de « sale arabe, de terroriste ». Le chauffeur aussi est Algérien et il comprend son idole. Je suis étonnée qu'on sache déjà. Et puis au journal, on penchait plutôt vers des injures concernant les femmes de la famille du footballeur français… Maihttp://www.akynou.fr/racontars/ecrire/images/bt_br.png
s que ce bruit de propos raciste cours est symptômatique d'une communauté ultrasensible. Ils en entendent tellement tous les jours… Qu'un grand souffre autant qu'eux et d'une certaine manière les venge les soulage. Même s'ils auraient préféré la victoire.

Le chauffeur est sympa. Il attends devant la grille que je sois bien entrée avant de repartir. Il est 5h15. La nuit est encore jeune mais le ciel commence à pâlir et les oiseaux chantent à tue-tête en prévision de l'aube.