Une si longue attente

– A quoi penses-tu petit ?
– A rien, mon oncle, à rien… Il fait trop chaud.
– Tu as raison petit, il fait trop chaud...



Le silence retombe, épais et lourd comme l'air en cette fin d'après-midi. Les deux hommes fixent la ruelle déserte. Parfois, l'un d'eux chasse une mouche d'un geste vague de la main. Les mouches ! Quelle plaie !
Cela fait un moment qu'ils sont là à transpirer, le jeune, grand et costaud, le petit vieux en costume et chapeau.
D'abord, ils ont attendu debout, faisant les cents pas. L'oncle a même grillé un cigare. Le jeune a ouvert les fenêtres de sa voiture, pour faire passer l'air. Puis le coffre, dans la même idée. Ils ont fini par s'y asseoir, accablés par la chaleur et l'ancien a laissé tombé le chapeau. Les deux mains de chaque côté du corps, il penche la tête, il tend l'oreille et tente de surprendre ce qui se passe dans la maison.

Car à quelques mètres de là, chez lui, le tableau s'inverse. D'abord, il fait frais. Les murs épais et les persiennes protègent de la chaleur aussi sûrement que celle-ci écrase les deux hommes dans la rue.
Les deux femmes ne sont pas côte à côte, mais face à face, de par et d'autre de la table.
Elles boivent de la limonade glacée qu'a préparé la vieille pour l'occasion. Elles se parlent, rient de bon cœur chuchotent parfois et se sourient tendrement.
La plus jeune fait de grands gestes, et les voilà qui repartent à rire.
Elles en ont des confidences à se faire. Elles ne sont pas pressées. Elles se découvrent…

– Tu crois qu'elles en ont encore pour longtemps mon oncle ?
– Et comme veux-tu que je le sache petit, ce qu'il peut y avoir dans la caboche de ces femmes…
– Quand même, c'est long. Et si ça se passait mal ?
– Tu sais, petit, plus c'est long, plus c'est bon signe.
– Tu crois que Maria, elle va plaire à la tante ?
– Ecoute Miguel, avec la tante, c'est difficile à dire. Mais si elle ne lui plaisait pas, ta Maria, elle serait déjà dehors, dans la voiture, à attendre que tu la ramène chez elle. Et elle ferai une drôle de tête. Alors t'inquiète pas, petit, t'inquiète pas. Ta Maria, tu l'épouseras…

Ceci est ma participation au diptyque 2.8, l'illustration de la photo d'Alexandre Tinoco, dont je vous conseille d'aller regarder les clichés. Il en a de forts beaux.