Un samedi

Après avoir passé deux jours sur les chapeaux de roues (en fait, pas que deux jours, c’est un peu comme ça tout le temps, ma vie, comme beaucoup de mère de famille d’ailleurs), j’ai enquillé avec un week-end sur le même rythme. Et c’est là que réside toute la différence. D’habitude, le week-end, je dors et je me repose. Là, pas question, il fallait que j’assure.

Samedi, fête de l’école. Heureusement, cette année, mes trois filles sont dans le même établissement. Je n’ai qu’une fête au programme. Et comme il n’y a plus le cours de danse orientale, je n’ai pas non plus de spectacle de fin d’année. Presque des vacances. Par contre, je suis présidente des parents d’élèves, qui sont, eux, les organisateurs de la fête, donc je me dois d’arriver avant le début des réjouissances. J’ai toutefois prévenu qu’il ne fallait pas compter sur moi pour la mise en place. J’ai bien fait. J’ai pu dormir au-delà de 8h30. Jusqu’à 9 heures. Un vrai bonheur. Ensuite, les filles se sont débrouillées pour me faire savoir que c’était assez et m’ont envoyé en délégation petite dernière, car elles savent qu’elle sait y faire pour me réveiller sans que je pique une gueulante. Effectivement, c’est un petit corps tout chaud qui s’est blotti contre moi, comme pour dormir aussi et qui a attendu que je sois suffisamment sortie du coltar pour me chuchoter : « Je mets quoi pour la fête. » Ce qui a suffi pour me faire comprendre qu’elle ne dormait pas, elle, et qu’il était temps que je me lève.
A 10 h 30, nous étions dans la cour de récré de l’école. Lou vêtue en danseuse de belly danseuse, Garance en Sévillane puisqu’elle participait à une exhibition sur le thème, Léone et moi en créole (avec jupon et coiffe, mais ne vous en faites pas, vous ne verrez pas de photos, je n’en ai pas, les filles n’en ont pas pris et les seuls qui ont appuyé sur le déclencheur ne savent pas ce que c’est que le numérique ni Internet. Je veux bien suivre les consignes qui veulent qu’on revête un costume traditionnel. Il y a des limites)…



Bref, nous sommes à l’école, on finit l’installation et on fait entrer les fauves les parents. Et après…
Après, je ne me souviens plus trop. Je sais que j’ai assisté au spectacle de danse sévillane, à la chorale des enfants de l’école. Et puis un grand trou noir jusqu’à 16 heures, quand j’ai quitté l’école, la cour nettoyée. Entre temps, j’ai tenu des stands, distribué des assiettes de repas, fait la police, été voir les familles sans papiers pour les orienter vers le stand de RESF, etc.…

La sévillane, c’était vraiment mignon. Il y avait une très bonne danseuse (la prof), des jeunes filles gracieuses qui ont quelques années de pratique. Et des petites filles un peu perdues mais qui donnaient tout ce qu’elles avaient dans le cœur pour faire une belle exhibition. Et ma foi, elles y sont bien arrivées. J’ai mitraillé Garance, parce que sa tenue lui allait à ravir, parce qu’elle était d’une élégance émouvante. Et parce qu’elle était contente d’être là et que cela se voyait. Sauf au moment où sa copine lui a marché sur les pieds. Ça c’est vu aussi. J’ai cru qu’elle allait la bouffer. Mais non, elle s’est remise à danser et a terminé le spectacle tout à fait normalement, ouf…

L’ambiance était bonne, les gens contents, il faisait beau. Les enfants jouaient, s’amusaient. Il n’y a pas eu de dérapage. Mais nous n’étions pas assez nombreux pour tout faire. Nous organisons cette fête pour gagner un peu d’argent et aider les classes à financer des projets de sortie, voire de classe de mer. A la suite d’une fête calamiteuse, lors de laquelle nous nous étions heurtés à des parents qui ne voulaient pas nous aider, mais étaient là uniquement pour consommer, nous avons décidé de faire tout gratuit, sauf les enveloppes gagnantes et la tombola. Chaque parent doit ainsi apporter un plat et une boisson qui sont mis en commun, sur le modèle des repas de quartier. Bien sûr, une minorité de parents qui sont arrivés sans rien et ont refusé d’aller acheter quelque chose, même un paquet de bonbons. Bien sûr, ce ne sont pas les parents les plus démunis qui ont eu ce genre d’attitude.Mais d’autres ont participé au-delà de ce qu’on attendait d’eux. Bien sûr, les familles de sans-papiers sont arrivées les mains pleines, de plats qu’elles avaient préparé, de boissons qu’elles avaient achetées. C’était pour elle une façon de dire merci, merci pour les enfants, merci pour l’accueil, merci pour l’aide…
Dans l’ensemble, c’était vraiment une très belle fête. J’en suis sortie sur les genoux.
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Je suis montée à la maison, je me suis changée et je suis repartie chercher la voiture que nous avions louée pour le lendemain. Je suis revenue en voiture. C’était amusant de suivre le même trajet que celui que j’emprunte chaque jour en vélo. J’ai trouvé une place pour me garer pas trop loin de chez moi, ce qui est un exploit. Je me suis écroulée sur le canapé. Je ne sais même plus qui a fait à dîner. Ha si ! moi sans doute. Le Nôm n’est pas très coopératif en ce moment. Il est complètement concentré sur la Coupe du monde de foot. Au moment de nous mettre à table, il est même parti « faire une course ». Avec les filles, nous en avons profité pour les déposer ses cadeaux dans l’assiette. Ben oui, fête des pères et anniversaire le même week-end, ça ne se laisse pas passer. Cela dit, la fête des papas était le lendemain, et l’anniversaire le lundi. Mais là, nous étions à la maison, tranquilles, c’était le moment d’en profiter.

Quand il est revenu, nous avions fini de manger et les filles attendaient avec impatience qu’il rentre pour qu’il ouvre ses cadeaux. Les cadeaux, les cadeaux… Il a été tout surpris quand il s’est assis à table. Il a fait semblant de les manger, ce qui a fait rire les deux plus jeunes de bon cœur (c’est une blague éculée, mais elle fonctionne toujours). Il a déballé ses paquets, a fait des bises à tout le monde. Nous n’avons pas ouvert le champagne. Mais le cœur y était. Comme des petites bulles de bonheur.
Je ne crois pas avoir ouvert l’ordi ce soir-là, sauf peut-être pour vider mon appareil photo.
Je me suis couchée tard, comme il se doit. Je ne sais pas faire autrement. Alors que la journée suivante n’allait pas être triste non plus. Indécrottable je suis. Indécrottable je reste.

A suivre