Elle court elle court

Jeudi, je me lève à 7h15, comme pratiquement tous les matins. Je râle, comme pratiquement tous les matins. J'ai horreur de me lever aussi tôt. Dormir une heure de plus ne serait pas de refus. D'autant qu'hier, j'ai emmené Garance au théâtre des Abbesses voir Docteur Labus, le ballet de Galotta dansé par le ballet de Lorraine. Nous nous sommes régalées toutes les deux, mais nous sommes rentrées à 10 heures passées… Dodo pour elle, occupations diverses pour moi…

Je rentre dans la chambre des filles et je les appelle, doucement d'abord, puis de plus en plus fort. Sans hurler non plus, j'ai trop de mauvais souvenirs de mon père nous réveillant au clairon (il faisait seulement semblant d'en jouer, mais c'était déjà très désagréable). Souvent aussi, je passe d'un lit à l'autre pour faire des bisous ou des gui lis. J'adore les voir passer de la mine enchifrenée au sourire. Je file préparer le petit-déjeuner des filles, Fais chauffer l'eau pour mon thé. J'allume la radio puis l'ordi. Je fais entrer mes messages, regarde deux ou trois blogs. Quand mon thé est prêt, je vais le chercher dans la cuisine. Parfois, j'ai le plaisir de le découvrir sur la table, avec des tartines grillées concoctées par mon aînée.
Passage à la salle de bains, chuchotis, rires. Les filles se préparent en douceur. Parfois, elles pensent plutôt à jouer et je suis obligée de me fâcher.

A 8h20, nous descendons à l'école (elle est quasiment en bas de chez moi). Les deux grandes rentrent dans la cour de récréation, j'emmène la petite jusque dans sa classe de maternelle. Elle qui passait des heures à me faire des câlins, n'arrivait pas à me décrocher, me fait une bise rapide pour courir vers l'ordinateur. « Elle est très forte », m'a dit son instituteur. Ça ne m'étonne pas. Elle a appris à se servir d'un ordi en tétant le lait de sa mère et à 18 mois, elle savait déjà allumer la machine, ouvrir le dossier où était son jeu et commencer une partie. Elle faisait certains jeux de maternelle…
Généralement, ensuite, je vais boire un café avec d'autres parents. Pas aujourd'hui. J'ai reçu la lettre d'inscription de Lou pour le collège, il y a deux options avec des places limitées, dont une qui est une seconde langue dès la sixième. Lou pourra ainsi s'initier à l'espagnol. Je n'ai pas envie de laisser sa place échapper, j'ai donc décidé de ne pas traîner pour l'inscrire.
8h50, je suis devant le collège. Il fait frais, mais il ne pleut pas. Les enfants arrivent, des sixièmes. J'en reconnais quelques-uns qui étaient encore en primaire l'an passé. Ils ont à peine grandi, ils ont gardé la même bouille de bébé. Mais c'est leur attitude qui a changé. Des caricatures de petits mâles. Trop mignons mais absolument pas crédibles.
9 heures, les portes du pénitencier du collège s'ouvrent. Je me présente à la gardienne, charmante. D'autres parents me suivent, mais je suis la première. On nous dirige vers le bureau du principal. En cinq minutes, j'inscris fifille et je ressors. Je retourne à la maison. J'ai oublié que Garance allait chez son psy, il faut que je prépare le chèque pour le médecin, l'argent pour la dame qui l'accompagne, les tickets de bus…

9h30. Il est temps de partir. Pas de vélo aujourd'hui. Pas la bonne météo, pas envie, pas les jambes. Je dépose la pochette pour Garance à l'école et descends vers le métro. La cohue. Je n'ai plus l'habitude. Je trouve un strapontin et sors mon bouquin, le dernier ouvrage de Gaston Kelman, passionnant.
10 heures, je suis derrière mon ordinateur. Je ne sais pas encore que je ne vais pas beaucoup arrêter de la journée. Premier papier, page télévision, les impressions des peoples ayant participé à des émissions de téléréalité. Pas passionnant, mais pas honteux non plus. J'y apprends que ces personnalités sur le déclin ont mieux tiré leur épingle du jeu que les chaînes qui les ont programmées.
Deuxième papier, télévision toujours. Pas trépidant non plus. Cela parle d'une série américaine qui doit débarquer sur la une cet été. Grey's Anatomy. Il paraît que ça fait un malheur outre-Atlantique.
11 heures, au détour d'un couloir, j'apprends la mort de Raymond Devos. Tristesse. Le rédacteur en chef décide de faire une bonne dizaine de pages sur le sujet. Tiens, je ne pensais pas que le vieux Devos, malgré tout son talent, puisse être aussi vendeur. On déprogramme des papiers déjà prêts (pas les miens) pour les caser.
Les pages seront à faire le lendemain. Comme je ne pourrai pas rester ce jour-là car j'ai une réunion, je me propose pour faire la nocturne de ce soir.

13 heures. Je pars en réunion de délégués syndicaux. Préparation du Comité d'entreprise sur un accord qui attend la signature. Je m'achète un sandwich.
A 15 heures, je suis de retour à mon bureau. Je finis rapidement les pages du matin et commence le troisième sujet, sur les chiens dangereux (suite aux attaques mortelles de ces dernières semaines). Je m'attendais à un article au pathos de mauvais aloi. Pas du tout. C'est un assez beau papier qui remet les pendules à l'heure : le chien est un animal potentiellement dangereux et seules 2 % des morsures sont dues à ces dogue dit de combat. Il est donc totalement inutile de faire, comme le prévoit Iznogoud, un renforcement de la loi sur les espèces dites de combats.
Je termine vers 22 heures. Je m'écroule dans un taxi en direction de chez moi. La musique me frappe les oreilles : « Tiens, c'est joli ça. – Eh bien ! je vais vous en faire profiter depuis le début, me rétorque le chauffeur. Et il remet le CD à son début. Il s'agit d'un requiem de Jean Gilles. Très beau. Et puis un taximan qui écoute de la musique baroque dans sa voiture, ce n'est pas si courant. Le voyage en devient fort agréable.
22h30, je rentre enfin chez moi. Je me fais réchauffer le dîner préparé par le Nôm. Un peu d'ordi pour lire les messages, un peu de télé (du foot, c'est de saison) un bon bain et au lit. Extinction des feux : merde, il est déjà 1 heure…


Vendredi matin, 5h30. Ces derniers jours, j'ai tendance à me réveiller vers 6h30, soit pratiquement une heure avant que le réveil ne sonne. Je somnole en attendant de me lever. Mais avec mes nuits courtes, je trouve que mon corps exagère de me sonner aussi tôt. J'écoute les bruits de la rue. Quand il fait beau, nous dormons fenêtres ouvertes. Nous ne sommes pas sur une voie très bruyante, sauf un peu le soir, quand les gens quittent les restaus du quartier pour descendre vers Pigalle. Et le matin, quand passe le camion poubelle. Mais ces sons-là ne me dérangent pas. Ils sont la vie. Même si je préfère le chant du merle et le roucoulement du pigeon.
Je finis par me lever et me glisse dans la chambre des filles.

Après l'école, je vais prendre un café avec les copines. Rapide. J'ai rendez-vous à Saint-Lazare pour une évaluation d'anglais. J'ai demandé à faire une formation pour tenter de me remettre à niveau (j'en ai marre d'écrire en pidgin sur Internet et de ne pas tout comprendre des modes d'emploi des logiciels). Vingt minutes de discussion serrée entièrement en anglais qui va porter sur mes motivations (inventer un peu, c'est le boulot qui me paie cette formation), mes antécédents, ma situation, mon boulot, etc. Je me rends compte que je manque surtout de vocabulaire. C'est ce que me confirme mon interlocutrice, une charmante jeune femme. J'ai de bonnes bases, je n'ai pas peur de parler et je ne me laisse pas arrêter par un mot qui me manque. Je n'hésite pas à contourner la difficulté par des périphrases… Elle trouve que c'est un plus, tant mieux. Je sens que je vais partir pour de longues séances de discussion en anglais…

A 11 heures, j'arrive au boulot. Les pages sur Devos ne sont pas encore tout à fait prêtes. Les premières, que je prends puisque je dois partir tôt, sont celles d’une interview donnée quelques années plus tôt. Beaucoup de travail de calage, pas grand-chose à faire sur le texte puisque c'est une rediffusion.

A 13 heures, je vais déjeuner avec une salariée qui a des problèmes dans l'entreprise. C'est mon avis d'élue et de déléguée syndicale qu'elle sollicite. Un peu prise de tête comme déjeuner, mais j'ai l'habitude et c'est le meilleur moyen de passer du temps avec quelqu'un, de le laisser parler pour bien comprendre la situation. Il n'y a pas grand-chose à faire. Juste rester calme et boire frais... Mais tout noter pour réagir de façon appropriée le moment venu. Je sens que ma collègue s'angoisse. Je la comprends.
Ce qui est compliqué dans ce genre de situation, c'est que le salarié, bien souvent, ne connais pas le fonctionnement de l'entreprise. Pour lui, c'est un vaste fantasme et il a tendance à croire tout ce que sa hiérarchie lui dit. Or, la hiérarchie ment de façon éhontée pour quantité de raisons très différentes qui peuvent aller du « je ne veux pas que tu m'en veuilles, cette décision, je ne suis pas d'accord, mais je ne peux que l'appliquer » (même s'il a été partie prenante de la décision) à des considérations qui nous dépassent complètement, de combat de chef, de communication extérieure etc. Pour que le salarié ne se fasse aucune illusion (c'est encore le meilleur moyen de se battre), je passe donc un long moment à mettre les pendules à l'heure. Je n'ai pas particulièrement de jugement sur la question. Je me borne à constater et à faire part de mes connaissances.
En l'occurrence, quand mon interlocutrice me dit espérer pouvoir réintégrer une rédaction, je la mets en garde contre les faux espoirs. Il y a fort à parier que le rédacteur en chef lui fasse miroiter un poste qui n'existe pas. On n'embauche pas. Les nouveaux CDI ne font que remplacer des départs (pas forcément dans le même service d'ailleurs, ce qui permet de noyer le poisson). Ainsi telle reportrice actu a été embauchée après deux années de CDD mais uniquement parce qu'un maquettiste est parti et qu'on a jugé que la maquette n'avait pas besoin d'autant de postes. Chose de la reportrice ne se rendra pas compte. Elle vouera une reconnaissance totale à son rédacteur en chef qui a fini par l'embaucher et tenir sa promesse. Sauf que, si le maquettiste n'étais pas parti (ou licencié)…
Il n'y a jamais de création de poste. Cela va toujours dans le sens des suppressions. En douceur bien sûr. A la maquette, on est passé de huit postes en CDI à 5 CDI. Moins de travail ? Pas vraiment puisqu'il y a quasi en permanence un CDD et un stagiaire...
Ce qui m'est le plus difficile, c'est de bien connaître mon interlocuteur et surtout ses faiblesses. Il est bon ou pas. Parfois, quand quelqu'un vient me voir et me fait part de ses récriminations, quand je connais sa manière de travailler, je me dis que ce n'est pas réellement étonnant. Mais c'est une pensée que je dois m'interdire. Mais notre société compte dans ses rangs un certain nombre d'éclopés, chevillés à leurs postes. Jamais on ne dira à ces gens qu'on trouve qu'ils travaillent mal. Jamais on ne leur demandera de faire un effort. On ne leur proposera d'ailleurs même pas de formation, ni même un entretien. On leur interdit ainsi toute prise de conscience sur leurs failles, toutes améliorations, tout apprentissage. C'est dramatique car ils se sentent rejeter (ils ne sont pas cons), mais n'en connaissent pas la raison. Et quand depuis des années on leur refuse une augmentation au mérite, ils crient à l'injustice.
Rares sont les chefs de services qui prennent leurs responsabilités et osent dire ce qu'ils pensent du travail de chacun. Y compris avec les CDD. J'en ai connu des journalistes dont le travail n'était pas apprécié, à qui l’on a cependant proposé CDD sur CDD en attendant de trouver un meilleur pigeon et qui n'ont pas compris que, du jour au lendemain, sans qu'on les ait prévenus (un CDD a priori se termine le jour de la fin du contrat, on n'a pas à dire pourquoi), on ne fasse plus appel à eux. Dans le débat sur la modernisation, je me demande si ceux qui doivent se moderniser, ce ne sont pas les patrons le plus souvent…

A 14h30 d'ailleurs, j'ai rendez-vous avec la DRH pour signer un accord. Je suis très heureuse de le signer celui-là. Huit ans que je me bats pour. Il mérite le champagne.

Je regagne mon bureau et passe le turbo pour avancer un maximum mes pages et ne pas laisser de merdes à ma collègue qui les reprendra. Dans le même temps, je vide mon ordinateur. Lundi, nous faisons le grand saut.Nous upgradons notre version de Mac OS et tous les logiciels sur lesquels nous travaillons. Les informaticiens, trouvant que j'ai trop de données sur mon ordi, m'ont demandé de faire le ménage. Je grave donc DVD sur DVD dans l'espoir de passer de 20 giga de libres à plus de 60…

16h30. Je quitte le boulot pour une réunion d'un tout autre genre. Cela fait plusieurs mois que les parents d'élèves de l'école où vont mes filles veulent prendre contact avec Resf pour créer un réseau. Nous avons de nombreuses familles sans papiers dont les enfants fréquentent cette primaire. Certains pourraient bénéficier de la circulaire sur la régularisation des parents d'enfants scolarisés, d'autres craignent les expulsions dès la fin de l'école. Il est urgent de faire quelque chose. Coup de bol, des membres de Resf, parents d'enfants de l'école, nous contactent pour faire quelque chose ensemble. A commencer par un stand dans le cadre de la fête de l'école qui a lieu demain samedi. Rendez-vous a été pris pour se rencontrer ce soir et mettre les choses en route.
Arrivée à la maison vers 19 heures. Je m'écroule. Il faut encore préparer les tenues des enfants pour la fête (costumes traditionnels requis), faire le dîner. J'ai une tonne de chose à faire. Une de mes sœurs me demande si je peux traduire les éléments d'une plaquette de présentation d'un peintre de ses amis en espagnol. C'est urgent. Je n'ai pas le temps pour le moment. Je n'ai pas non plus renvoyé le texte que je devais relire à Patrick, ni répondu à Moukmouk ni à deux de mes amies qui d'inquiètent pour ma santé. Il faut que je le fasse, mais je ne sais pas quand…
Nous dînons d'une énorme salade, ce qui fait râler les filles. Encore de la salade… Oui, mais quand c'est leur père, c'est des coquillettes qu'elles mangent. Moins varié (mes salades ne se ressemblent jamais) et plus lourd. Elles aiment mes mélanges, heureusement.
Demain, la journée va être longue et dure. Je n'ai pas intérêt à me coucher tard. Mais je me dis cela tous les soirs. Je fais le compte-rendu de la réunion avec Resf, je l'envoie par mail à tous les intéressés et j'en mets une version sur le blog des parents d'élèves. Je vérifie mon courrier, réponds à deux ou trois mails.Suit une affaire sur Ebay (un ipod, je suis à la recherche de la solution la moins coûteuse pour sauvegarder mes photos pendants mes vacances). À minuit, je suis dans mon bain, froid, histoire de me rafraîchir, il fait si chaud dans notre roulotte sous les toits. Une demi-heure après, je m'affale dans mon lit. Je ne mets pas le réveil. On verra bien à quelle heure j'émergerai.


Cette note est longue volontairement (j'aurais pu la couper en deux) car cela accentue l'effet d'engloutissement…

A suivre…


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