Aya ne pouvant pas faire comme tout le monde, il aurait été étonnant qu'il en fut différent pour son bébé…

Les naissances sont comme les vies, quand elles atteignent un certain de degré de rocambolesque, et qu'on les raconte, les lecteurs se disent : « Mais où ils vont chercher tout cela… » Pourtant, notre imagination est souvent pauvre par rapport à la réalité. Voyez les pérégrinations d'Aya et des siens. C'est digne des grands romans réalistes du XIXe siècle. Je ne serai pas là pour jurer sur l'honneur que ces personnages ne sont pas sortis de mon imagination mais son bien réels, on pourrait en douter, tant leur histoire, ces dernières années, sont incroyables. On se dit : ce n'est pas vrai ! ce n'est pas possible… eh bien si. Partant de là, il aurait été étonnant que le bébé d'Aya naisse dans des conditions tout à fait normales…

Si c'est la première fois que vous visitez ces pages, je vous conseille, pour vous mettre à jour, d'aller lire de ce côté là.

Aya devait entrer à l'hôpital le 19 mai pour accoucher par césarienne. En effet, pour couronner toutes ses longues aventures, son placenta était previae. Pour ceux qui ne connaissent pas cette pathologie, quand le placenta se trouve entre le bébé et la sortie, il constitue un bouchon qu'il est fort dangereux de passer. La césarienne est alors obligatoire... Donc rendez-vous était pris, le 19 mai, à huit mois et demi de gestation, pour une césarienne.

Le matin de son entrée à l'hôpital, Aya reçoit un appel du samu social l'informant… qu'elle change d'hôtel le jour même ! Il n'y a pas à dire, ces gens-là (je parle du samu social) ont le goût du gag à répétitions. Un nouvel hôtel pour trois nuits leur est attribué boulevard Barbès, puis, départ programmé pour la banlieue !

Le cauchemard recommençait...

Il a fallu une journée entière de négociation pour comprendre pourquoi le patron de l'hôtel lui-même sortait les familles de son établissement (alors qu'il venait de dire le contraire à Aya), obtenir de lui qu'il tienne parole et trouve une solution pour les Zeinoun chez lui. Puis convaincre le Samu social d'annuler le contrat avec l'hôtel de Barbès (celui-ci a été contrôlé par la préfecture qui a exigé une remise aux normes électriques, ce qui impliquait l'expulsion des familles de l'hôtel, sans qu'elle soit prévenue. Il était plus facile de mettre ça sur le dos du Samu social qui, pour une fois, n'y était pour rien !) Enfin, le bordel le plus intégral. Moi-même, je n'ai pas tout compris...
Ce que je sais cependant c'est que les hôteliers qui font leur beurre avec le Samu social tout au long de l'année, quand vient l'été et les touristes, préfèrent virer ceux qui les font grassement vivre pour faire place nette.

Le soir-même, Aya entrait quelque peu contrariée – on la comprend – à l'hôpital où l'on devait la préparer à la césarienne. Le lendemain, le médecin lui annonce que le placenta s'est remis en bonne position et qu'elle peut sortir de l'hôpital : elle accouchera par les voies naturelles, quand le bébé le décidera. Ce qui dans l'absolu, n'est pas une mauvaise chose... Aya rentre donc chez elle. Enfin, chez la vieille tante qui vit rue du Poteau, car la chambre de l'hôtel boulevard de Clichy n'est que pour trois personnes. Donc le père y dort avec les deux enfants. Aya, elle, dort chez la vieille tante.

Samedi dernier, à 9 heures du matin, Aya sent que le moment approche, qu'il est même éminent et décide d'appeler les pompiers. Ceux-ci lui disent qu'ils arrivent mais elle ne voit rien venir. Son mari, prévenu, arrive de l'hôtel boulevard de Clichy, s'alarme de ne voir personne et prévient le Samu (pas social), qui dit qu'il arrive.
Vers 10 heures, pas de Samu, mais les pompiers (il leur a fallu une heure !) qui avouent ne rien connaître à la question. Ils embarquent Aya dans leur camion équipé contre les incendies et quittent la rue du poteau. Rue de Clignancourt, le mari leur hurle de s'arrêter. Coup de frein : le père met au monde lui-même son bébé. Le Samu arrive quinze minutes plus tard pour couper le cordon ombilical. Une heure et demi après qu'on l'ai appelé.

Heureusement que c'était leur troisième enfant et qu'Hassan connaissait la musique...

Voilà, ça fera des choses à raconter à la petite.
En tout cas, j'ai vu une photo, elle est magnifique. Elle s'appelle Rania.

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