Aya et les siens. Une famille en danger

Aya, Béchir, Nour et Karim* existent. Je les ai rencontrés. Broyés par un système sans merci, ils sont en train de s’enfoncer. Nous avons besoin d’un coup de main pour les aider. Il en va de la santé d’un enfant de 4 ans, de celle de sa mère et surtout de celle d’un bébé à venir.

Si vous avez des idées, si vous avez une toute petite place sur votre blog pour parler d’eux, faire en sorte qu’ils ne disparaissent pas complètement dans l’indifférence générale, merci de relayer.

Lorsque j’étais enceinte de ma fille aînée, je suis partie faire un long voyage en voiture pour faire visiter la France à mon namoureux. Entre mon sixième et septième mois de grossesse, j’ai fait 3500 kilomètres en Fiat Panda qui se sont terminés dans le cabinet de mon gynécologue atterré par ma légèreté. Le bébé était très bas et il m’a envoyé illico presto chez moi, au lit, avec l’interdiction formelle de poser un pied par terre, sauf pour aller faire pipi.

Alors quand j’ai appris hier soir que les médecins avaient trouvé que le bébé d’Aya était très bas et qu’ils craignaient un accouchement à sept mois, ça m’a tout de suite parlé. La différence entre Aya et moi, c’est que vivant avec mon namoureux, ne travaillant pas, n’ayant pas encore d’enfant, j’ai donc passé un mois et demi sur mon canapé. Et j’ai donné avec trois semaines d’avance (j’ai quand même failli accoucher dans la Fiat Panda, mais ça c’est une autre histoire) à une petite fille en parfaite santé.
Aya, elle, son mari et ses deux enfants sont sans logement depuis plus d’un an. Ils étaient aussi sans papier, mais c’est en passe de se régler. Ils ont été pris en charge par le Samu social qui les envoie dans des hôtels pas toujours salubres et de plus en plus loin en banlieue, alors que les deux aînés sont scolarisés Nour en CP, Karim en maternelle, dans le 18e arrondissement de Paris.

Cela fait plus d’un an qu’Aya fait l’aller et retour deux fois par jour pour amener ses enfants à l’école. Plus d’un an qu’elle fait entre une et deux heures de transports matin et soir. Cela fait plus d’un an qu’elle et son mari, soutenus par les parents d’élèves de l’école, par les élus du quartier, par l’assistante sociale scolaire, demandent au Samu social d’être hébergés dans un hôtel proche de l’école. En pure perte. Il semble que cette organisation soit sourde.

Dans notre quartier, il y a beaucoup d’hôtels qui hébergent des familles venant d’arriver en France, en attente d’une décision de l’Ofpra. Je connais de très nombreux enfants qui vivent dans ces conditions difficiles, à partager une chambre d’hôtel avec leurs parents, leurs frères et sœurs. Parfois, ils doivent changer d’hôtel, surtout l’été, quand les hôteliers ont besoin des chambres pour accueillir des touristes. Ils peuvent alors déménager quatre, cinq, six fois en deux mois. Mais le reste de l’année, les associations qui s’occupent de ces personnes veillent à ce qu’ils restent au même endroit. Leurs conditions de vie sont déjà si difficiles qu’il n’est pas la peine d’en rajouter.

Le cas d’Aya et sa famille est quelque peu différent. Ils ont été pris, eux en charge, par le Samu social. En urgence quand ils se sont trouvé, en plein hiver, sans logement. Et, dans l’urgence, cette institution a fait son boulot. Rapidement. Elle leur a trouvé un toit. Le problème c’est qu’alors que l’urgence s’est installé dans le quotidien, on continue de traiter leur cas comme s’ils venaient de se retrouver à la rue. On ne tient aucun compte de leur situation. Du fait par exemple que Karim, 4 ans, n’a qu’un rein qui fonctionne et est gravement athsmatique et que les multiples trajets des différents hôtels jusqu’à l’école l’épuisent. Qu’Aya est enceinte d’un troisième enfant et que sa grossesse, rendue difficile par ses conditions de vie, se passe mal avec un danger effectif pour la mère et pour l’enfant.

Qu’attend le Samu social pour tenir compte de la réalité. Que l’état de santé de Karim se dégrade dangereusement ? Qu’Aya accouche prématurément d’un bébé qui, s’il survit, pourra en garder de graves séquelles ? Déjà, depuis lundi dernier, les enfants ne sont plus scolarisés parce que leur mère ne peut plus amener les enfants à l’école, parce que leur père est obligé de travailler pour gagner leur vie et pour pouvoir payer les timbres fiscaux nécessaires à leur régularisation.

Hier soir, alors que j’essayais de trouver des moyens supplémentaires d’alerter l’opinion pour trouver une solution, j’ai reçu ce mail de l’amie qui suit la famille de près depuis le début :
« J'aimerais trouver une idée à la Act-up, un truc qui fait boum, mais je ne suis qu'une fonctionnaire assez conformiste et frileuse. Ma copine théâtreuse va peut-être avoir ce qui me manque. D'action concrète pour l'instant, il n'y a que la tienne, et c'est beaucoup ! Aya a une tête grise. Sérieusement, elle fait peur. Je l'ai planté là sur un banc tout à l'heure, elle faisait du 2 à l'heure pour se déplacer. Je suis comme l’assistante sociale, je n'ai même plus honte. »


Nous sommes vraiment dans un monde de brutes.


(*) Je rappelle que les prénoms des membres de la famille ont été modifiés pour leur éviter toute représaille.



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