12 février 2006 - Ça défile

Pas de plage encore aujourd’hui, dimanche oblige, et surtout cet après-midi, c’est le carnaval aux Abymes, la ville où nous résidons. Les filles sont totalement excitées à cette idée, surtout les deux grandes. Léone semble éteinte. Elle se plaint du ventre, a la diarrhée. Maintenant, je penche plutôt vers la gastro. Sa cousine en avait une lorsque nous sommes arrivées.


Le matin, séance devoirs pour les grandes et cartes postales pour les autres. Léone est assise face à moi, elle se tient le ventre. D’un coup, elle se met à vomir. Elle n’a pas le réflexe de se pencher par terre tout part sur la table. J’ai à peine de temps de débarrasser enveloppes, cartes, stylos, feuille et appareils photo. Elle en met partout. Quand c’est enfin fini, je la déshabille entièrement et la porte dans la salle de bains pour la doucher, puis je lave ses vêtements. Elle semble maintenant aller beaucoup mieux, au point qu’elle grignotera un peu au déjeuner. Je lui donne du Coca et lui propose de rester avec mamie l’après-midi. Pas question ! elle veut aller au carnaval.
Tout de suite après le déjeuner – et après un coup de gueule de mon beau-père qui a ordonné à Lou de nettoyer par-terre et de faire la vaisselle (je crois qu’il s’est mis en tête de faire l’éducation de sa petite-fille pour en faire une femme bonne à marier, no coment), chose que je lui ai interdit de faire car c’est moi qui commande, pas lui (moyennant quoi, c’est moi qui ai fait la vaisselle, mais c’est aussi normal qu’on ne laisse pas tout à ma belle-mère) –nous sommes enfin parties. Direction Boisripeaux d’où est censé démarrer le défilé. C’est l’endroit idéal en fait. Pas trop de monde (beaucoup si, mais tout à fait surmontable). On voit les membres des groupes arriver, puis à l’heure dite, se mettre en formation et partir.

Avant le carnaval Avant le carnaval


Nous arrivons à l’endroit prévu juste avant que les rues ne soient barrées.Je repère une place à l’ombre, non loin d’un talus qui sera parfait pour nous installer. Je commence à me garer quand je sens la voiture s’enfoncer d’un côté. Il y a là un trou d’eau et de boue qui était masqué par l’herbe. Je tente une marche arrière, mais je patine lamentablement. Je suis dans la merde jusqu’à la caisse. Je fais sortir les filles, essaie de repérer des roches que je pourrais mettre pour donner un peu d’adhérence à la voiture quand deux messieurs s’approchent et prennent d’autorité les choses en main. Et je me laisse faire sans barguigner. Je sais très bien que seule, je n’ai aucune chance de m’en sortir. Suivant les indications, je mets la voiture au point mort et à trois, nous poussons de toutes nos forces. Nos tentatives sont, je dois bien l’avouer, un échec. Un des hommes avise un gamin d’une quinzaine d’années, pantalon baggy, T.Shirt trop vaste, baskets délassées, bas banc et casquette sur les tresses, et lui demande de nous donner la main. Sans même tourner la tête, le gamin continue son chemin en tchippant et en marmonnant en créole : « Je ne vais pas me salir pour t’aider. » Quand il me croise, je le regarde mi-moqueuse mi-fâchée. Il fait encore 2 mètres, puis revient sur ses pas et se met à l’avant pour aider à pousser. Il a hésité un moment entre son côté rebelle et sa bonne éducation. Cette dernière a fini par prendre le dessus.

Hélas, rien n’y fait : embourbée je suis, embourbée je reste. Alors un des hommes s’éloigne pour aller réclamer de l’aide d’un propriétaire de 4x4 garé non loin de là. Le proprio fait la gueule, mais ne se fait pas prier. Il fait descendre sa famille et vient ranger sa voiture juste derrière la mienne. On noue une corde de part et d’autres, le 4 x 4 passe la marche arrière, les nœuds se resserrent, la corde se tend au maximum, mais mon véhicule refuse de bouger. Un de mes sauveteurs monte alors dedans, démarre, passe la marche arrière et miracle, titine sort enfin de l’ornière. Je congratule, je remercie, je distribue des sourires à tout le monde. Les visages sont enfin souriants. Tout le monde rigole puis s’éloigne, non sans m’avoir conseillé de me garer ailleurs. Pas de risque que je recommence la même idiotie. Je vais me placer en face, en plein soleil certes, mais sur du béton.

Nous nous installons sur le talus en attendant le départ qui est donné une bonne heure plus tard. un escogriffe avec une drôle de gueule vient nous rendre visite. Il est censé effrayer les enfants, mais en fait, il fait plus rire qu'autre chose

Avant le carnaval


Premier défilé, qui durera tout l’après-midi, les groupes qui participent aux concours et doivent respecter le thème du défilé, la féerie. Certains ont respecté scrupuleusement ce thème, avec pour les filles de grandes robes et des baguettes magiques.D’autres, pas du tout, tels ces trois groupes dont les membres sont affublés de « mas » (masques) simiesques ou grimaçants et dansent la sarabande devant les spectateurs. Ceux-là sont de plus en plus nombreux et connaissent un succès grandissant.

Une cinquantaine de groupes vont se succéder, certains magnifiques, d’autres, de bric et de broc, d’autres encore très dansants, avec des chorégraphies compliquées. Chaque groupe est organisé de la même façon. D’abord, quand il y en a, les enfants, fortement encadrés puis la banderole, les danseuses et enfin les musiciens avec leurs calebasses, leurs trompettes et tubas et leurs gros tambours en plastique. La composition varie peu, les rôles sont fortement sexués. Mais on voit maintenant un peu plus souvent des filles jouant de la musique. Il y a même un groupe entièrement composé de femmes, précédée d’une sémillante super mamie (son écharpe l’atteste).

Carnaval des Abymes


Les derniers à débarquer – ils ferment traditionnellement la marche – sont les groupes de la communauté haïtienne. On les reconnaît au rythme, différent, de leur musique et aussi au fait que tous défilent, ceux qui sont costumés comme ceux qui ne le sont pas. J’ai confié mon ancien appareil photo à Garance qui me remplit deux cartes en un temps record, une de 64 Mo, l’autre de 32. quant à moi, bien sûr, je tombe en panne de batterie, ce qui me paraît normal, vu la chance que j’ai en ce moment. J’avais pourtant bien pensé à charger ma batterie l veille, mais comme je l’avais fait deux jours plus tôt, je m’étais dit que…

Eh bien des fois, il faudrait que j’arrête de penser.

Plus tard, viennent les groupes à peau. Ceux que je préfère en général. On les appelle ainsi car leurs tambours sont des vrais, tendus de peaux à cabri. Leurs costumes, qui respectent les traditions carnavalesques (mas a fey [feuilles], mas à tè [terre] a congo, a roucou…), sont généralement réalisés à partir de matériaux naturels, de récupération et ne doivent pas coûter cher (maximum, dit-on, 20 euros). La philosophie n’est pas de paraître beau, mais authentique. On les entend venir de loin, portés par les tambours, les calebasses et les conques de lambis. Certains, comme Akiyo, qu’hélas nous ne verront pas, ou Mas Ka Kle, le groupe de la cousine Lina, sont si nombreux que le groupe donne l’impression d’onduler comme un long serpent.

Les filles s’amusent comme des folles, courent partout, dansent. C’est sûr, elles aimeraient bien défiler. La cousine Lina l’a d’ailleurs promis. Samedi prochain, si Dieu veut, elles pourront participer au carnaval des enfants sous les couleurs de Mas Ka Klé. En attendant, nous dînons de délicieuses bokits, des gros beignets faits à la demande et garnis de jambon, de saucisse ou de morue, tout en regardant les groupes revenir.

Le journaliste de Canal10 (une chaîne 100% locale), Caméscope en main, demande à chacun d’effectuer sa chorégraphie, celle montrée au jury, pour le concours de la meilleure danse.Beaucoup s’exécutent trop contents de repasser à la télé (Canal10 retransmet souvent l’intégralité des défilés, ça occupe l’antenne pour pas cher), ce qui rend fou de rage un des organisateurs car cela bloque tout le monde et le défilé prend encore plus de retard. Engueulades, gesticulations, menaces. Finalement, les groupes dansent, le journaliste filme et l’organisateur fait la gueule. Nous, nous sommes plutôt contentes du rab de spectacle.

De toute façon, tout devient informel. Les spectateurs font le pied de grue sur la route, discutent. Les enfants se poursuivent, jouent à cache-cache. Léone et Garance se font un copain qui les couvre de bisous. Je demande son âge à sa mère : 2 ans et demi. Eh bien ! Il ne perd pas de temps.

Dernier groupe à passer , Mas ka klé, celui de la cousine. Un groupe à peau, un vrai, avec fouettards [ces garçons qui font claquer leurs fouets sur le bitume. Le fouet est un symbole important pour ces groupes, le fouet du maître récupéré par les esclaves qui ont recouvré la liberté] qui s’en donnent à cœur joie. La foule s’écarte prudemment. Les défilants sont nombreux, presque mille alors que beaucoup ont arrêté. Certains tiennent des bisons dans lesquels fume de l’encens. Les musiciens, avec conque de lambi, tambour ou calebasses ont des airs menaçants. Ils vont incroyablement vite ; ils sont déjà passés. Lou est fascinée. Elle les suit sur le parking. Elle aimerait être avec eux. Elle revient, un sourire aux lèvres.

Du haut de notre terre-plein, nous observons un incendie. Nous sommes en pleine ville. Je crains pour les voitures environnantes. Il s’agit sans doute de l’installation d’un vendeur à la sauvette. Mais nous sommes trop loin pour avoir le fin mot de l’histoire. Peut-être demain dans les journaux. A force de monter et de descendre du talus, je finis par flinguer une de mes chaussures, histoire sans doute de mettre un point d’orgue à une journée – certes agréable – mais pas vraiment marquée par la chance. J’hésite entre la colère et la crise de fou rire. La guigne à ce point là, ça devient comique. Il ne me reste plus grand-chose d’élégant à me mettre aux pieds…

Il est 21 heures passé, je donne le signal du repli et nous rentrons à la maison. Garance et Léone, malgré le trajet très court, sombrent. Il faudra que je les porte quasiment au lit. Seule ma belle-sœur est encore debout. Elle regarde un film américain. Je couche les filles, regagne la cuisine pour boire un verre d’eau et reste scotchée à la télé. Je vais dormir enfin. Demain, nous décanillons tôt. Nous avons une excursion sur le feu.

Commentaires

1. Le lundi 6 mars 2006, 13:31 par Fab/secretmom :-)

Comme elles sont jolies tes petites guadeloupéennes, je vois Magali dans chacune d'entre elles et j'aimerais tellement qu'elle connaisse ton pays d'adoption! Merci pour ces beaux récits qui réchauffent notre quotidien fraichouillet!

Fabxxxxxx

2. Le vendredi 10 mars 2006, 16:59 par Jazz

Le carnaval, les bokits, l'ambiance festive, le charme de la musique du Carnaval de Grande-Terre, le rythme sautillant des groupes haïtiens en bleu et rouge...
Tout ça me manque tellement...

3. Le dimanche 25 juin 2006, 19:04 par chuky bad side

malade mass moule massif té tchad au abymes nou t habillié en coulé nou vlé mass moule massif 97160 nou c dément sa té malade chorégraphie la mem nou représente

4. Le lundi 26 juin 2006, 07:39 par Akynou/racontars

chuky bad side : Mass Moule ? Je crois que je vous ai vu :-) Super feeling. Je dois avoir des photos :-) Si tu cliques sur les photos, tu tombes sur l'album photo, où il y en a d'autres…