7 février. Toujours pas de voiture

Il y a des jours où il vaudrait mieux rester couché. Hier était une de ces journées. Après la chute (je suis tombée dans les escaliers de la maison de mon beau-frère), après toutes les démarches infructueuses pour avoir une voiture, mon ordinateur m’a lâchée. Il a osé !

J’ai passé une partie de l’après-midi dessus. Tout allait bien. Je l’ai éteint pour aller dîner. Et quand j’ai voulu le remettre en route pour me connecter, l’écran a déclaré forfait. Le disque dur fonctionne, mais l’écran reste uniformément gris. Quand il se met en veilleuse et que j’appuie sur le trackball, il se rallume une demi-seconde pour se remettre au gris immédiatement. Il m’est difficile de poster ou d’écrire quoi que ce soit. Je suis impuissante d’autant que j’ignore d’où vient la panne. S’il y a un spécialiste d’Apple dans la salle, ses conseils seront les bienvenus. Mon (vieux modèle, il a passé les 5 ans) est un ibook coquillage. J’aimerais au moins récupérer les données qu’il y a dedans. Une semaine de photos et des textes, et la note que j’ai écrite hier après-midi…

Garance a dormi avec moi cette nuit. Il n’y a pas assez de lits pour tout le monde dans la maison. Une de mes filles doit donc dormir avec moi (ça tombe bien, il y a une place), ce qui ne me gêne pas. Le problème, c’est que Garance est une mère-la-gigote. Déjà passablement énervée par cette histoire d’ordinateur, j’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. Et j’ai engueulé la pauvrette un certain nombre de fois. Ce matin, elle s’est réveillée le visage plein de boutons. Elle est la seule à se faire piquer de la sorte. Les moustique semblent l’adorer. Elle a les paupières très gonflées, fait-elle une allergie ? Comme je trimballe toujours ma pharmacie, j’ai retrouvé la pommade à la cortisone que nous avions utilisé la fois précédente. Elle a depuis retrouvé figure humaine. Mais je suis obligée de me battre pour qu’elle ne se gratte pas jusqu’au sang.

Ma belle-mère et ma belle- sœur (ou Liliane et Nita) sont partie pour la matinée. Faire leurs affaires, comme on dit ici. Nous, nous attendons. Pas de voiture aujourd’hui. Demain si tout va bien. J’ai regardé sur le botin s’il y avait des endroits pour louer des ordinateurs, mais je ne me fais pas d’illusion. Ce sera de toute façon beaucoup trop cher.
Ce qui m’inquiète le plus, outre le fait que je ne puisse mettre mon blog à jour et que mes messageries vont exploser à cause des Spam, c’est que je ne sais pas comment je vais vider la carte de mon appareil photo. Même si elle fait 1 giga, cela ne va pas me tenir jusqu’à la fin des vacances. Il faudrait que je trouve un endroit où je puisse les mettre sur CD. Quand je pense que j’ai acheter un disque dur externe exprès pour l’emmagasinage. J’ai cherché des idées une partie de la nuit, mais tant que je n’ai pas de voiture…

Pour occuper les filles, je les ai mises à faire leurs devoirs. La plus petite, elle, fait des dessins pour son papa. Les institutrices, sachant que les deux grandes allaient manquer une dizaine de jours, ont prévu ce qu’il faut. Je pourrais leur foutre la paix pendant les vacances officielles, mais autant que je profite d’être clouée ici pour avancer. Regard noir de vacances dès que je prononce le mot « devoir ». Pourtant, elle avance bien.
J’espère que la série de guigne va enfin s’arrêter.

Hier matin, j’ai trouvé un rat crevé, la tête décapité net. Ce matin, en faisant le ménage dans la chambre, j’ai trouvé une vieille compresse (usagée) sous le lit. Cela m’a rappelé les mauvais sorts que les quimboiseurs, ou gadézafés (« garder les affaire » ou sorciers) peuvent jeter. Souvent, sur la route, on voit les traces d’un coq, enfermé dans un sac, écrasé par les voitures. C’est un mauvais sort qui vise la maison devant laquelle le volatile a été jeté. Tout ici peut être interprété comme l’intervention d’une personne qui vous veut du mal. Ne me demandez pas si j’y crois. Ce n’est pas le problème et ce serait accorder bien peu de valeur à cette culture. Même les gens d’ici y croient sans y croire. Disons que devant un métropolitain, ils nieront avec la dernière énergie être impressionné par ces « superstitions » comme ils disent. Mais ils se signeront chaque fois qu’ils croiseront une de ces manifestations. Qu’ils soient très croyants (catholiques, baptistes, adventistes, témoins de Jéhovah, hindous, musulmans), ils craindront toujours le pouvoir du quimbois. On ne rigole pas avec ces choses-là. Surtout dans le milieu très populaire dans lequel je vis. Où les querelles de voisinage peuvent se régler à coup de machette. Il y a quatre ans environ, un frère a tué sa propre sœur au coutelas (nom que l’on donne ici à la machette, on dit aussi sabre) pour un problème d’héritage. Ils avaient tous deux la cinquantaine bien sonnée. France-Antilles regorge de ce genre de petites histoires mais je me souviens plus particulièrement de ce fait-divers car il s’est passé tout près de chez nous.
La société guadeloupéenne a avancé à grands pas. En une quelques années, elle a remonté un retard de cinquante ans. Bourgeoisie d’élite, tissu économique au secteur tertiaire (voire quaternaire) très développé, chercheurs et scientifiques de talent, écrivains de renom… Mais il ne faudrait pas oublier les paysans, les ouvriers sans aucune formation, le petit peuple plus ou moins argenté qui vit tant bien que mal cette marche en avant à pas forcés et qui tente de préserver les valeurs du passé. Les valeurs et les peurs. Cette société est en pleine mutation, ce qui engendre souvent violence et incompréhension. Comme partout.
Bien sûr mon beau-père a une belle maison, avec salle de bains, machine à laver. Mais il y vit encore comme il y vivait, il y a vingt ou trente ans (c’est parfois un vrai poème). C’est moins vrai pour les autres membres de la famille, même si Liliane fait encore la plupart de ses lessives à la main, se lave les cheveux dans une bassine dans le jardin et fait la cuisine dans son ajoupa. Tous deux ont élevé leurs enfants de cette façon et il faut à ces derniers une grande dose de curiosité et d’imagination pour se projeter dans un monde qui n’a plus rien à voir. Pas facile.

Liliane comprend que je puisse être paralysée par le manque de voiture, sans le comprendre vraiment. Je pourrais, comme elle, marcher les 4 kilomètres qui me séparent de l’arrêt de bus. Elle s’étonne que je ne sache pas faire la vaisselle à l’eau froide et sans produit (elle le coupe d’eau pour l’économiser), que les enfants préfèrent prendre une douche chaude alors que nous ne sommes pas dans l’hiver parisien… La plupart de nos frictions viennent de nos univers trop différents, alors que dire quand ces frictions se produisent à l’intérieur d’une seule et même personne prise en archaïsme et modernité, entre valeurs traditionnelles et mondialisme galopant…
D’autant que la Guadeloupe n’existe pas. Il y a des dizaines de Guadeloupe, différentes suivant que les gens sont industriels, fonctionnaires, métropolitains, employés, agriculteurs, chômeurs, djobeurs, commerçants… Si un certain de nombre de choses les rassemble – la religion encore, mais de moins en moins ; la langue, de plus en plus ; le carnaval, et encore… –, beaucoup les séparent.
Nombre d’Antillais que je connais ne se retrouveront pas dans le portrait que je brosse de ma belle-mère, une femme d’une soixantaine d’année, fille et femme d’agriculteur, atsem à la retraite. Mais ils y verront peut-être cependant la photo d’une tante, d’une grand-mère…

Les vacances ici ne sont pas faciles. Il y a la barrière de la langue, de la culture, de classe, d’habitudes. Nous faisons beaucoup de chemin les uns vers les autres. Mais les chemins sont longs et il y a parfois de quoi se perdre.


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