16 septembre

Le 16 septembre 2000, il faisait très beau et assez chaud. La veille aussi. Et ce beau temps a duré jusqu’à la fin du mois. C’était tellement agréable.

Je me souviens aussi que les parents qui ont mis un bébé au monde le 1er janvier 2000 ont eu droit à une prime. Je ne m'en rappelle pas le montant, juste que cela m’avait amusé.

En avril 2000, j’ai eu 41 ans. Je m’en foutais. J’avais un gros ventre. Pour une fois, j’en étais plutôt contente.

En juillet 2000, j’ai eu ma première connexion Internet. J’avais un imac coquillage bleu (que j’ai toujours d’ailleurs). Je découvrais la Toile. Le premier site que j’ai visité, c’était Toomlitoo, une adresse pour les jeunes parents. J’y ai découvert une liste de correspondants, celle des parents qui préfèrent en rire qu’en pleurer. J’ai eu d’un seul coup quelque trois cents messages par jour, affolant. Des courriels drôles, désagréables, concernants. Moi, j’ai commencé à raconter des choses.

En août 2000, je suis partie en vacances à Nice, chez ma sœur. J’ai emmené mon ordi, mais pas ma connexion. Ce qui plus tard me conduisit à quitter Club-Internet pour Wanadoo. Avec un forfait de ce dernier, je pouvais me connecter de partout en France, cela n’impliquait que mon forfait. Pour les autres, ce n’était pas possible. En tout cas pas à l’époque. C’est la première fois que j’ai raconté mes vacances, le voyage, l’arrivée, les aléas.

C’est aussi en août 2000 que le ciel m’est tombé sur la tête. Je passais l’échographie du septième mois dans un hôpital de Nice. C’était ma troisième grossesse, j’étais assez habituée. Mais là, sur l’image, j’ai vu quelque chose qui m’a interloquée. Au niveau du ventre du bébé, une grosse boule noire. Je la regardais, et je me disais : « Tiens, curieux… » Mais c’est le silence du médecin qui a commencé à m’angoisser. C’était un interne, avec sans doute pas beaucoup de métier. J’espère que depuis, il a appris. A chaque question que je posais, il me répondait : « Je ne sais pas, je ne peux pas me prononcer. » Le meilleur moyen de terroriser une future maman. Et quand je lui ai posé la question, en choisissant mes mots (c’est curieux comme, dans ce genre d’occasion, on choisit un vocabulaire plus technique, pour ne pas dire exactement le mot qui fait vraiment peur) : « est-ce que cela peut avoir une incidence pour le diagnostique vital ? », il n’a pu que répéter encore : « Je ne sais pas. Je ne préfère pas vous répondre. »
Je suis sortie de l’hôpital avait un nouveau rendez-vous, mais avec le ponte cette fois-ci, beaucoup de larmes et une angoisse terrible. En fait, le bébé, une fille, avait un kyste sur l’ovaire de 6 ou 7 centimètres de diamètre. Quelque chose paraît-il de très fréquent, qui peut soit se résorber, soit rester en l’état, soit grossir. Il faut surveiller, et opérer l’enfant à sa naissance pour éviter une torsion de l’ovaire. C’est ce que m’ont dit les trois médecins consultés par la suite : le ponte, le gynéco qui remplaçait le mien pendant ses vacances, mon gynéco.

J’ai eu de nombreuses échographies. On surveillait. Comme la boule ne diminuait pas, on décida de faire naître le bébé le plus tôt possible. Et de l’opérer la semaine suivante.

Le 15 septembre, j’ai pris le chemin de la clinique. Nous n’arrivions pas à obtenir de taxis. L’horreur. En désespoir de cause, nous sommes descendus dans la rue pour voir si nous en trouvions un. Les commerçants, me prenant en pitié, ont appelé tous les numéros de taxis qu'ils connaissaient. Mai c’est une voiture qui passait par là par hasard qui m’a emmenée avec le Nôm et ma petite valise. Il faisait beau, il faisait doux, presque une journée de printemps.

Le lendemain, on me prépara, on me mis sous perfusion et l’on provoqua le travail. Ce fut le plus bel accouchement que j’ai eu. Quand j’ai commencé à avoir mal, la sage-femme et l’anesthésiste m’ont posé la péridurale, juste la bonne dose pour que je sente mais sans souffrir. J’ai vécu la descente du bébé dans mon corps, le moment où sa tête a commencé à pousser pour sortir. À ce moment, je lui ai demandé de freiner un peu car son père n’était pas encore là. Le médecin non plus. Ils sont arrivés en même temps. Dix minutes plus tard, la petite naissait. Ma Léone. Un bébé tout concentré, comme recroquevillé sur son instinct de survie. Comme si elle savait déjà qu’elle allait avoir des choses à vivre qui lui demanderaient une fabuleuse énergie.

16 septembre 2000

Elle était particulière. Elle avait quelque chose d’autre, de très fort, de puissant. Elle n’ouvrait jamais les yeux. Se lovait contre moi. Elle est restée des heures dans mon lit, contre moi. Nous étions collées l’une à l’autre.

Le lendemain, son père est arrivée avec ses deux sœurs. Lou, qui avait 5 ans et demi, Garance qui n’avait pas encore 2 ans. Quand celle-ci aperçu le bébé, elle poussa un grand cri impatient : « Ah !!!!! » Enfin, elle était là, cette petite sœur dont on lui avait tant parlé. Elle voulut la prendre dans ses bras, lui fit des câlins, des caresses. Elle ne la quittait pas des yeux.

16 septembre 2000

16 septembre 2000


Deux fois, on me l’a prise. Elle est partie en ambulance avec son père pour subir des examens. Je tournais en rond dans ma chambre en attendant leur retour.

Léone dormait beaucoup. Elle sautait des tétés, pour la laver, il fallait la réveiller. Elle dormait, dormait. Je passais des heures à la regarder dormir si petite, si concentrée.

16 septembre 2000

Une semaine jour pour jour après sa naissance, nous sommes parties en ambulance dans la clinique où elle allait être opérée le lendemain. Mon gynécologue m’avait dit : « Ne vous en faites pas, je vous ai choisi le meilleur chirurgien. » Je lui faisais totalement confiance. Le Pr était un homme d’une grande douceur, d’une disponibilité totale, d’une grande écoute. Nous étions effectivement en de très bonnes mains. Mais tout cela n’empêche pas l’angoisse ni le baby blues. Je suis restée quatre jours avec le bébé dans cette clinique et j’ai pleuré pendant quatre jours. Le Nôm était avec les grandes, ils ne pouvaient pas venir. J’étais toute seule avec mon bébé. Et j’étais morte de trouille. De me rappeler tout cela, les larmes me viennent encore aux yeux.

Le matin de l’opération, je tournais en rond. Léone avait faim, mais je ne pouvais rien lui donner. Elle devait évidemment être a jeun. Mais comment expliquer cela à un bébé d’une semaine. Elle pleurait, elle criait. Et moi je n’en pouvais plus. J’ai eu ma sœur Anne au téléphone. En entendant ma voix, elle m’a dit : « Tu veux que je vienne ? » J’ai éclaté en sanglots et je lui ai dit : « Oh oui. » Elle était là quand les infirmiers sont venus chercher mon bébé. Elle m’a pris par la main. Elle m’a tenu compagnie pendant les quatre heures d’attente qui se sont ensuivies.Nous sommes descendues au Monoprix acheter des petits trucs. L’une d’entre nous a acheté une chemise d’homme bleue. Je ne sais plus laquelle. Nous parlions beaucoup, puisque parler m’empêchait de penser. Il faisait toujours beau, nous avons été faire un tour au square. Puis nous sommes remontées. Léone n’était pas encore revenue, mais tout s’était bien passé, elle était en salle de réveil.
Ensuite, tout a été assez vite. J’ai passé encore là-bas une nuit, et puis une journée, et puis encore une nuit. Et je suis enfin rentrée à la maison.

Et c’est là, chez nous, que mon petit amour s’est enfin éveillé à la vie. Elle a ouvert les yeux que j’ai découverts très bleus (ils ont changé depuis), elle a commencé à sourire. Son visage a changé, il s’est décrispé. Elle s’est mise à se ressembler. Elle était là.

Quand je la regarde maintenant, si vive, si enjouée, si gaie, si mère la bougeotte, j’ai l’impression que les enfants qui ont connu tout petit des échéances aussi particulières ont un appétit de vivre encore plus développé. Et même si elle fait encore beaucoup de cauchemars qui la font se réfugier dans mon lit en pleine nuit, elle est la joie de vivre, ma joie de vivre.

Aujourd’hui, 16 septembre 2005, elle a 5 ans. Et c’est mon bébé d’amour.

Expressions 3


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