Le bal des débutantes 7


.../...
C’était l’été, je préparais ce fameux voyage en Espagne, et comme il me fallait des sous et que je répugnais à les demander à mes parents (comment revendiquer l’autonomie quand on ne l’est pas financièrement ?), j’ai cherché un petit boulot. Je m’imaginais caissière dans un super marché, ou pompiste, bref des petits boulots. Mais c’est ma grand-mère qui m’a embauchée : femme de chambre dans l’hôtel où elle était directrice. « Mais attention, tu ne me fais pas honte ! » Je te promets Mamie. Je devais loger chez elle et retourner chez mes parents pendant mes jours de congés.

06


A l’époque, dans l’hôtellerie, non seulement les trente-cinq heures étaient loin, mais aussi les quarante (on passera au trente-neuf plus tard). Quarante-huit heures étaient la norme. Soit un jour de congé par semaine auquel ma grand-mère avait ajouté un jour supplémentaire une semaine sur deux en compensation de la non-augmentation des salaires par le patron.
J’ai donc commencé un lundi matin dans les quatrième et cinquième étage d’un petit hôtel parisien sis dans la cité Bergère. J’ai tenu un mois. Le ménage, déjà, ce n’est pas mon truc. Mais là, il fallait faire (j’avais compté) une trentaine de chambres soit quelque soixante-quinze lits, trente salles de bains ou de douche, et à fond tous les jours. Avec une clientèle nord-américaine qui était la plus sale que j’ai connu, ce n’était pas de la rigolade. Des gamins, en groupe, bouffant dans leur chambre, chiant dans les bidets (alors que nous étions au moins quatre à leur expliquer que cela ne servait pas à ça), écrasant du MacDo et des frites partout, étalant le contenu de leur valise dans toute la pièce ce qui fait qu’on ne pouvait mettre un pied par terre… Enfin, Waterloo à tous les étages. La première chambre dans laquelle je suis entrée venait justement d’être libérée de la horde de ricains mal élevés qui l’occupaient. Je n’avais jamais vu un tel carnage. La jeune femme qui me servait de mentor, Mouneira, pris son air blasé et me dit en soupirant : « C’est toujours comme ça. » Et nous partîmes à l’attaque. C’est elle qui m’a appris le métier, comment décrasser les baignoire, faire les lits impeccables (et même deux), détacher la moquette à l’ammoniaque, disposer les serviettes…

Au bout de deux jours, je n’en pouvais déjà plus. Arrivée à 7 heures, d’attaque à 7h30, jusqu’à 16 h 30 avec une toute petite heure pour déjeuner… Je n’ai jamais trouvé les journées aussi longues. Quand je rentrais enfin chez ma grand-mère (qui finissait un peu plus tard que moi), je m’affalais sur le canapé en étant incapable de faire autre chose que de regarder des conneries à la télé pour achever de me vider la tête. Ils auraient passé la Star Académy à l’époque, ou la Ferme Célébrités, je crois que je les aurais regardés.
J’ai tenu le mois. Mère grand était fière de moi. Mais en la quittant je lui ai dis : plus jamais ça. C’est là qu’elle m’a proposé la réception. J’ai bondi sur l’occasion. L’été suivant, je venais de boucler ma première année de fac, je me suis donc présentée à la réception après avoir fait l’emplette de tenues adéquates à savoir des robes et des jupes sages (en dessous du genoux) ce qui me changeait de mes jeans et de mes chemises indiennes (eh oui, les mêmes que celles d’aujourd’hui.
J’ai passé l’été à observer la clientèle estivale, qui n’est pas tout à fait la même que celle du reste de l’année. Cette dernière, j’allais la découvrir plus tard, puisque mère grand me proposa de travailler à sa réception deux jours par semaine, et toutes les vacances scolaires. Banco. Quand je travaillais à l’hôtel, j’avais droit à une petite chambre. Le reste du temps, je rentrais à la maison, chez popa môman Puis j’ai eu mon studio. Mes nuits à l’hôtel sont devenues plus rares.

La clientèle à l’année était essentiellement constituée de provinciaux faisant des séjours très réguliers dans la capitale, de groupes allemands et hollandais (très bonne clientèle, les seuls qui rendaient des chambres impeccables en laissant des pourboires sur la table), de Pâques à septembre, les groupes américains dont j’ai déjà parlé. Et enfin, deux fois dans l’année, à l’intersaison, des GO du club méditerranée. Miam !
Je ne sais pas si le Club est encore organisé de la même façon, je ne le crois pas. Mais à l’époque, il y avait deux saisons. Entre les deux, les GO étaient rapatriés sur Paris avant de regagner leurs destinations suivantes. Ils passaient donc deux à quatre nuits dans notre hôtel. Ils arrivaient avec d’énormes valises qui contenaient tous leurs avoirs, me tendaient le bon de réservation donné par le Club (situé non loin, place de la Bourse) et s’installaient. Ils étaient jeunes, bronzés et sentaient bons… je m’égare.
La première chose que faisaient les mecs, après avoir déposé leurs bagages, c’était de descendre dans la cabine téléphonique avec leurs carnets d’adresses bien remplis et d’appeler leurs conquêtes de vacances. Autant vous dire qu’ils étaient nombreux à se prendre des râteaux. Cela n’enlevait rien à leur bonne humeur. Sur le nombre, ils arrivaient toujours à trouver une copine pour leur tenir chaud pendant ces quelques jours parisiens.
C’était devenus de bons copains. Ils me racontaient leur vie au club. Leurs boires et déboires, leurs mauvais coups, leurs sales blagues, la vie éreintante, animation des clubs de sport dans la journée, des soirées. Et les nuits à queuter des nanas qui visiblement n’étaient venues là que pour cela. Ils avaient une espèce de santé, de gentillesse aussi qui forçait la sympathie. Et surtout, très peu méprisaient leurs conquêtes. Vous dire qu’ils y faisaient attention, serait exagéré. Mais je n’en ai jamais entendu un se moquer des filles, les traiter de putes, de salopes, ou autres noms d’oiseaux. Ils vivaient, baiser leur était aussi naturel que le boire et le manger. Ce n’était donc pas une chose malsaine ni tordue, juste naturelle. Et je trouvais ce discours rafraîchissant.
La plupart m’avaient pris sous leur aile. Ils m’avaient à la bonne. J’étais la petite sœur. Donc on n’y touchait pas. C’était mignon. D’autres m’ont emmené dans leurs chambres et même si je ne grimpais pas encore aux rideaux, je trouvais tout de même cela bien agréable. Comme ils étaient de nations très différentes, je disais que, grâce à eux, j’avais couché avec le monde entier. Ou presque. C’était léger, parce qu’ils repartaient très vite, ne s’appesentissaient pas. Il n’y avait donc aucun malentendu. Nous nous amusions bien ensemble et voilà tout. Je faisais mon éducation sexuelle dans les meilleures conditions : sans tabous ni trompettes. Ils étaient heureusement très discrets. Car si ma grand-mère avait su que je forniquais dans les chambres de l’hôtel, elle m’aurait passé un sacré savon avant de me renvoyer. Pas qu’elle avait quelque chose contre la bagatelle, elle en avait suffisamment profité à son époque, mais parce que la clientèle, c’est sacré, on n’y touche pas.

Là ou cela a failli se gâter, c’est quand un des veilleurs de nuit s’est mis dans la tête de me sauter. Je n’en avais aucune envie, et je le lui ai fait comprendre. Gentiment d’abord, puis plutôt sèchement vu que j’ai horreur des mains baladeuses. Par vengeance, il a donné mon numéro de chambre à des clients que la petite jeunette de la réception intéressait. Ils venaient cogner à ma porte et je devais les envoyer chier poliment (ils restaient des clients de l’hôtel). Une vraie galère. J’ai mis en demeure l’énervé de cesser son manège. J’étais folle de rage. L’engueulade a eu des témoins, et des rumeurs sont venues chauffer les oreilles de ma grand-mère. J’ai juré mes grands dieux que le veilleur de nuit se faisaient des idées. Il a été viré. Je n’ai toujours pas de remords.

Nous avions aussi une autre clientèle : celle des groupes de musique et de théâtre. J’en ai vu du beau monde…

…/…
Petite pause dans les jours prochains. J’ai un peu trop de marrons sur le feu et je ne serai pas chez moi ce WE

Fatal error: Uncaught Error: Call to a member function updateGetPostParams() on null in /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/cache/cbtpl/63/7c/637c4fae9fc453bcae52cef7f0a9e9ba.php:604 Stack trace: #0 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/libs/clearbricks/template/class.template.php(252): include() #1 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/class.dc.template.php(227): template->getData('post.html') #2 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(133): dcTemplate->getData('post.html') #3 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(500): dcUrlHandlers::serveDocument('post.html') #4 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/libs/clearbricks/url.handler/class.url.handler.php(146): dcUrlHandlers::post('2005/07/07/110-...') #5 /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/inc/public/lib.urlhandlers.php(194): urlHandler->callHandler('post', '2005/07/07/110-.. in /homepages/41/d225076743/htdocs/Les-racontars/dotclear/cache/cbtpl/63/7c/637c4fae9fc453bcae52cef7f0a9e9ba.php on line 604