Bof

J’ai le blues. Même mon ordi m’ennuie. Je n’ai envie de rien, juste de me mettre dans un coin d’herbe ou au bord de mer et oublier qui je suis. Ou alors faire des câlins à mes filles. Ou des cadeaux. Il n’y a que dans leurs yeux que j’arrive parfois à m’oublier.

Il est des yeux pourtant que je ne peux pas m’enlever de la tête. Ceux d’un petit garçon qui regardait Lou par la fenêtre de la voiture. Des yeux qui avaient l’air de vouloir dire quelque chose, mais ne disaient rien. Des yeux magnifiques, des yeux silencieux. Des yeux qui se sont imprimés dans mes cellules grises et qui regardent indéfiniment. Et mon envie à moi de poser une question, mais de ne pas savoir laquelle.
C’est marrant, je ne suis pas rancunière vis-à-vis des autres. Mais envers moi, si. Terriblement. Quand je fais une connerie, je n’arrive pas à me la pardonner. Je la ressasse des heures et des heures des jours et des jours quand les autres, les victimes de mes bévues sont elles, le plus souvent, passées à autre chose. Je crois que c’est samedi soir que j’ai proféré une énorme connerie. Un mot de trop, pas anodin. Un mot lâché dans la fatigue, l’agacement, mais qui s’est révélé, une fois prononcé, un mot grave, méchant et gratuit. On ne se maîtrise pas toujours. Mais là, j’aurais dû.

Et quand j’ai honte de moi comme ça, mon seul pardon, ce sont mes enfants. Mais les deux grandes sont parties hier, en colonies de vacances. J’espère qu’elles s’amusent bien. Nous pleurions toutes à la gare. Mais heureusement, elles avaient l’air heureuses au téléphone hier au soir. Elles avaient vu leurs poneys, pris possession de leur chambre. Tout allait bien. Mais elles me manquent mes fifilles. Terriblement.
Hier matin, j’ai été voir la psychiatre qui suit Garance. Faire le point. Il s’avère que la petite est terrorisée par son père. Parce que son père crie trop fort après elle, après ses sœurs. Qu’il la tape, trop souvent. Et qu’elle a peur pour moi. Elle a peur qu’il me tape et qu’il me fasse mal. Même s’il ne m’a jamais touché. Il y a eu, une fois, une très grosse engueulade, où nous nous sommes bousculés mutuellement et où j’ai hurlé et beaucoup pleuré de rage tellement j’avais envie de lui foutre sur la gueule, tellement il m’avait énervé. Elle a cru que son père m’avait frappé. Depuis, elle a peur pour moi. Vous vous rendez compte, ma fille a peur pour moi. Cette idée me détruit. Depuis, elle a peur des bousculades, des jeux des autres enfants, des relations conflictuelles. Alors elle crie et elle pleure beaucoup. Je la savais fragile, je me demandais d’où venais ce recul vis-à-vis des autres enfants dès qu’ils étaient plus d’un ou deux. Maintenant, je sais.

Cerise sur le gâteau, la psy m’a dit que le Nôm était visiblement en dépression. Je ne l’avais pas vu. J’avais bien senti quelque chose qui ne tournait pas rond, mais je n’y avais pas fait plus attention que ça. Je continuais mon petit bonhomme de chemin, mes heures sur mon ordinateur en pensant que lui, de toute façon, était devant sa télé. J’ai l’impression de l’avoir abandonné tout seul devant cette télé qui rempli son vide. De ne l’avoir pas entendu me le dire…
y a des jours, où vraiment, je ne m'aime pas.