Le bal des débutantes 5

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En mai 1968, j’avais 9 ans. Je vivais en Charente, bien loin des folies parisiennes. Nous sommes revenus en Ile de France en 1974. J’avais 15 ans. Et le monde m’a sauté à la gueule. Je n’étais pas la seule. C’était effectivement une porte immense, ouverte sur les champs du possible. Une révolution qui permettait – qui allait permettre plutôt – à chacun de s’exprimer, de vivre, de faire l’amour comme cela lui chantait avec la personne de son choix. C’était le principe et il était – il est – merveilleux.

Mais nous étions englués dans notre éducation à l’ancienne et les dérapages étaient nombreux. Pas gravissimes, enfin pas toujours, mais ils laissaient tout de même des traces. Combien de couples ont-ils explosé à cette époque ?

Moi, j’arrivais sur le marché un peu en crabe. Ben oui, les garçons, ça m’intéressait, ça m’attirait. Mais un garçon, comment ça marche ? Je n’ai pas de frères, quelques cousins, mais pas très présents. Je trouvais cette engeance aussi mystérieuse qu’incompréhensible. En plus, on me donnait quantité de conseils : « Alors, surtout, si quelqu’un t'intéresse, tu ne le montre JAMAIS. Parce que sinon, tu es finie. Si un garçon voit qu’il t’intéresse, c’est fini, il ne voudra plus jamais de toi. » Ben pourquoi ? C’est con… La liste de ce qu’il fallait ou ne pas faire s’allongeait tous les jours :
- On n’appelle jamais la première.
- Dans une conversation, on écoute, on ne ramène pas sa fraise.
- Toujours dans la conversation, faire en sorte d’être un cran en dessous pour que l’autre paraisse plus intelligent.
- Après une entrevue, on ne rappelle jamais la première. Ou alors il faut attendre un délai raisonnable.
- Dire non quand on a envie de dire oui.
- Lui battre froid régulièrement pour qu’il ne croit pas que c’est du tout cuit.

Je suis sure que tout le monde pourrait ajouter des règles et des règles à cette liste. Les garçons tout autant que les filles. D’ailleurs, on-elles vraiment changé ? Mais enfin, moi, franchement, ça me laissait pantoise. Mais qu’est-ce que c’est que ce fonctionnement imbécile ? Evidemment, j'avais tout faux. Et j’étais malheureuse. Les garçons dont j’avais envie étaient toujours inaccessibles. D’autant plus, d’ailleurs, que je croyais en être amoureuse alors que j’avais juste envie d’être dans un lit avec eux et me livrer à toutes sortes de cabrioles. Mais ça, si mon corps le savait, ma tête, elle, l’ignorait. Et c’est dommage parce que cela aurait certainement marché.
Ce qui ne m’empêchait pas d’être courtisée, encerclée, pressée, draguée, chassée, j’en passe et des meilleures. Enfin, non, justement, pas des meilleurs.
Au lycée, et plus tard à l’université, nous vivions en plein dans la nostalgie de 68. Oui, ces manif-là nous aurions voulu en être. Nous aurions voulu casser du facho, être mao, partir dans la jungle à la recherche du Che ou fréquenter le sulfureux Pïerre Goldman. Nous étions arrivés un poil trop tard. Mais nous faisions de l’agitation. Il faut dire tout de même que les années soixante-dix furent politiquement pénibles. Que les lois sécurité liberté des Pasqua Pandraud Poniatowski valaient bien les agitations sécuritaires d’un Sarkozy, que les flics cassaient du jeune dès qu’ils le pouvaient. Le septenat de Giscard, à qui l’on doit certaines avancées importantes comme la majorité à 18 ans, le développement de la contraception et la libéralisation de l’avortement, la réforme du code de la famille, etc. était aussi un état policier où les flics faisaient la circulation avec une mitraillette dans les mains, où l’on mettait à sac les radios libres, où l’ont comptaient mille policiers pour cinq cents manifestants. Il fallait encore un immense avocat que Patrick Henri puisse garder la tête sur les épaules et le pull-over rouge n’avait pas réussi à sauver un jeune homme que nous pensions tous innocent. Et nous ne savions pas encore la part prise par nos militaires dans les répressions sanglantes qui débutaient en Amérique latine.
Nous rêvions de changer cette société finissante et pourrissante. Tout était bon pour manifester : les lois sur l’école, le lycée, les universités, les derniers condamnés à mort espagnols, l’agonie de Franco, dernier dictateur européen (le Portugal avait fait sa révolution des œillets en 1974).

Mais au lycée, comme à la fac, les mouvements étaient encore dirigés par des mecs et certains en profitaient pour essayer d'agrandir leur cheptel. J’en ai connu un qui m’expliquait sans rire que la révolution passait par le sexe. Baisons camarade, il en va de la liberté de ce monde.
Moi, je voulais bien coucher. Mais pas avec lui. Il ne me faisait pas envie. Il n’était pas très beau, fumait beaucoup, se lavait peu, portait le cheveux long et gras et se grattait l’acné avec passion. A cause de mon refus, je fus traitée de pudibonde coincée, de frustrée (vive Brétécher), de malade névrosée, voire, plus simplement, de pute. Ce qui me laissa songeuse. On m’expliqua que sans sexe, point de salut, point de révolution, point de lendemains qui chantent. J’étais une contre-révolutionnaire. La preuve ? Au lieu d’aller chez les trotskystes, je m’étais inscrite au MJS. Houuuuh la petite-bourgeoise. Au moins, une grâce à ses yeux, avais-je adhéré à L’UNEF US et pas l’UNEF-re. La première était socialo trotskyste, US ce n’était pas parce qu’elle était américanophile, loin de là, mais pour Unité syndicale. Elle devint très vite, en s’associant à d’autres mouvements, ID pour Indépendante et démocratique et l’on en retrouvera les leaders dans le PS des années 80/90. La seconde était re, pour renouveau, et c’était le fief du PC et des jeunes MJS chevènementistes, si mes souvenirs sont bons. En tout cas, c’était archi compliqué. Moi, très prosaïquement, j’avais adhéré au syndicat le plus actif dans ma fac. Les autres considérations ne m’intéressaient pas vraiment.

Je ne faisais hélas pas partie de ceux ou celles, pas si nombreux, qui s’éclataient sans plus de tabou avec une parfaite bonne santé. Je les enviais. Mais comme beaucoup d’autres, j’étais coincée entre mon éducation, mes hormones (et Dieu sait si à cet âge-là, elles sont tyranniques) et les diktats de cette révolution d’un nouveau genre. Je naviguais à vue en essayant de faire la part des choses entre les désirs de mes soupirants et les miens. Je revendiquais déjà le droit de dire non. Ce qui n’était pas une mince affaire en ces temps où il valait mieux dire oui. Eh oui, parfois, l’histoire, même personnelle bégaie, ce qui ne manque pas d’ironie. J’ai toujours été féministe. Petite déjà, je fulminais contre l’église qui autorisait les garçons à être enfant de choeur et l’interdisait aux filles. Je trouvais cela injuste. Comment cette religion qui revendiquait l’amour pouvait-elle fermer ses portes à la moitié de l’humanité, l’interdire de sacré ? C’est la faute à Eve me répondait-on. Et Adam, ce n’était pas un péché d’être aussi con que lui ? C’est sans doute par féminisme que j’ai commencé à douter de l’existence de Dieu, première faille dans une toute puissance qui s’est acheminée tout doucement vers l’athéisme le plus complet. Il est plus facile de ne plus croire en Dieu qu’en son propre père. Il m’a fallu beaucoup plus d’années pour que je déboulonne la statue du second.

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