Mardi 3 mai 2005. On va à Bonif 1

Ce qui m'amuse chez ma copine Laurence, Corse qui m'appelle pinxute pour me faire râler, c'est qu'au lieu de dire Bonifacio ou de me reprendre sur ma prononciation, elle dit : « Combien de temps pour aller à Bonif ? Je ne sais pas, chéri ! combien de temps on met pour aller à Bonif ? deux heures et demie ? Bon, ben tu vois, deux heures et demie ! » Et puis elle ajoute : « Ah Bonif, j'adore. C'est tellement beau. » Elle sourit et son regard, à se moment-là vous donne immédiatement l'envie d'y aller, à Bonifacio.


Allons, nous y sommes partis. Nous nous sommes levés tôt, très tôt pour un jour de vacances. A 8 heures ! Mais comme il y avait deux heures et demie de route à faire, il fallait au moins partir à 9 heures. Curieusement, on y est arrivé. A 9 heures, nous étions dans la voiture. Auparavant, comme le ciel n'avait pas tout à fait l'aspect des jours précédents, j'ai fait charger, dans le coffre, les pulls et les impers.
Bon deux heures et demie, quand j'ai vu le kilométrage qu'il y avait à faire, environ 120, je me suis dit que le chéri de Laurence, il devait exagérer. En bonne pinxute. Et là, c'est Laurence qui avait raison. En Corse, il ne faut pas compter en kilomètres, mais en heures. Les notions espace/temps sont fondamentalement remises en causes. Les lignes droites sont tellement rares que sur ces nationales ou départementales, où la vitesse est limitée à 90 km/heure, un excès de vitesse est une prise de risque qui dépasse mes compétences de conductrice.
Tiens, d’ailleurs, à propos de dépasser justement, y arriver est un exploit. Et pourtant. Il y a des gens qui roulent à 30 ! Et quand ils sont dans un virage, ils freinent. Ce n'est pas possible de rester derrière. On est là, on ronge son frein en traitant le conducteur qui nous précède de tous les noms d'oiseaux que l'on connaît (et j’en connais, à tel point que je les dis dans ma tête, parce que mes filles sont promptes à les retenir). Et puis d'un coup, un créneau. Mais non ! Faut pas se garer, un créneau pour doubler. Et celui-la, on a intérêt à ne pas le louper. Parce que si vous ne déboîtez pas dans la seconde et ne plongez pas pour passer devant l'escargot, il ne vous restera que vos yeux pour pleurer durant encore des kilomètres…

Je pensais à tout cela tout en essayant de maintenir le cap et la vitesse, quand je repensais à une chose qui m'a bien fait rire, quand je m'en suis rendue compte. Je trouvais que les Corses ne roulaient pas très vite, et cela m'étonnait. Tous ceux qui se traînaient entre 30 et 50 à l'heure étaient immatriculés 2A et avaient des petites voitures flambant neuves. Alors que d'autres, immatriculés dans le même département, mais avec des voitures un peu plus anciennes et/ou plus grosses, roulaient à tombeau ouvert. Et tout à coup, un flash, un éclair d’intelligence (il faut dire que je la mets en vacances de temps en temps celle-là)… L'idée que toutes ces tortues immatriculées 2A étaient peut-être, je dis bien peut-être, des voitures de location m'a traversé l'esprit. Du coup, tout s'éclairait. Les touristes dans leur voiture louée roulaient au pas pour admirer le paysage. Et les autres…
C'est vrai, j'ai été un petit peu longue à la détente sur cet affaire là. Mais j'aurais pu repartir de l'île en pensant que les Corses roulaient soit comme des escargots soit comme des fous. N'allez pas en tirer la conclusion non plus que tous les locaux roulent comme des dingues. Je voudrais pouvoir y retourner un jour, en Corse. D’abord, ils roulent comme des gens qui connaissent la route comme leur poche et ne s'en laissent pas compter. Et puis il y en de très nombreux qui roulent normalement. Enfin, au contraire des Parisiens, je les trouve plutôt civils. Ils s'arrêtent pour laisser passer les piétons (essayez à Paris, si vous avez vraiment envie de vous faire tailler un short) et ont une certaine admiration pour les cyclistes. Il faut dire que faire du vélo, en Corse, faut être plutôt masochiste. Enfin, c’est ce que je pense. J'en ai vu, des couples, les portes-bagages pleins, grimper des côtes que ne renierait pas un mont Ventoux. Bon, ils allaient moins vite que Virenque ou Lemon. Mais ils étaient sans doute chargés très différemment…

Dans ces conditions, après une heure de voiture, j'arrivais péniblement à Propriano, à environ 60 kilomètres de mon point de départ. Je me voyais mal barrée pour améliorer le record du chéri de ma copine. Et puis franchement, sans même parler de record, conduire deux heures que dans des virages, à moins d'être pilote de rallye, il faut vraiment aimer ça pour ne pas avoir envie que cela s'arrête le plus vite possible.
Nous sommes passés à Sartène, c'est là que j'ai découvert que ce n'était pas vraiment au bord de la mer. Je me suis dit que, au retour, on pourrait s'y arrêter, parce que la vieille ville avait l'air d'être magnifique. S’arrêter maintenant ? Pas question. Je veux voir Bonifacio, mais pas mourir quand même. Les filles étaient franchement insupportables, à se chamailler, à pinailler, je veux si, je ne veux pas ça, Léone m'a fait si, Garance m'a fait ça. Bref, il y avait des paires de claques qui se perdaient. C’est toujours ainsi. Dès que la route est un peu dure pour moi, dès que je suis tendue, elles se tirent les cheveux, les sales gosses. Qu'est-ce que j'avais hâte d'arriver… Et puis, d'un coup, la route s'est améliorée. Une première ligne droite. Longue. Très longue. Puis une autre. Que des lignes droites… Raaaahhhhh Lovely ! J’ai appuyé sur le champignon. Sans dépasser le 90 autorisé, promis juré craché ! Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas atteint. J'ai même passé la sixième. Vous vous rendez compte ! la sixième (vitesse, pas classe, vous me prenez pour qui).

Bref, lignes droites après lignes droites, je me laissais aller, quand au détour d'un virage, je freinais brusquement pour lire un panneau : nous y étions, oui, enfin, c'était écrit : B.O.N.I.F.A.C.I.O. Ma terre promise. Parce que du plus loin que remonte mon souvenir, j'ai envie de visiter ce village perché sur une falaise, de me retrouver dans la carte postale.
Et nous y étions. C’était merveilleux.Bonifacio, here I am !
En même temps, je regardais ma montre : deux heures. Nous n’avions mis que deux heures. Yes !

Bonifacio


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