Ah, les beaux jours…


Hier, comme tous les samedis, j’emmenais la grande à son cour d’escrime. C’est un des rares moments où nous sommes que toutes les deux et où nous pouvons papoter un peu lors des trajets. J’avais amené de l’ouvrage. Un des élastiques de ses chaussures d’escrime avait rendu l’âme, et moi qui ai horreur de la couture, je m’étais munie du matériel nécessaire pour réparer. En attendant, elle avait pris une paire de tennis quelconque pas forcément adaptée comme nous le prouva la suite.

Le cours ayant commencé, je me penchai sur mon ouvrage tout en discutant avec les autres mères. Vous ne pensiez tout de même pas que nous restions sur le bord des pistes à zyeuter nos chères têtes blondes (brune dans mon cas) et à nous jeter des regards noirs. Nous avons bien sûr sympathisé et quand il fait beau, pendant les nos enfants se découpent en rondelles, nous allons taper la discute et boire un godet à la terrasse du bistrot le plus proche.
Hier, le temps était moyen, tendance frais. J’avais de la couture… Nous sommes restées. Heureusement.

Escrime version Lomo

Au bout d’une demi-heure, j’ai levé le nez de mon ouvrage mue par un de ces réflexes maternel dont j’ai le secret et j’ai vu Lou effectuer un superbe dérapage non contrôlé pour finir en grand écart. Je rappelle qu’il s’agit de son cour d’escrime, pas celui de danse.
Aïe, me dis-je
Mais non, elle s’est marré et s’est relevée.
Ouf, me dis-je
Un peu trop tôt. A peine une minute plus tard, elle m’a rejoint en boitillant et en pleurant de douleur.
Aïe, me redis-je in petto.
Au bout de cinq minutes, la douleur n’étant pas passée, je l’ai aidée à se rhabiller. Elle ne pouvait plus poser le pied par terre ni plier la jambe sans crier de douleur…
La salle d’escrime est au deuxième étage du gymnase. En haut des marches, je regardais ce spectacle d’un air dubitatif. Elle ne pourra jamais descendre cela. Je confiais donc mes sacs à l’un de ses camarades, la pris sur mon dos et c’est dans cet équipage que nous arrivâmes au rez-de-chaussée.
C'est également dans cet équipage que nous rejoignîmes l’arrêt de bus, barda en plus parce que le petit camarade était parti rejoindre sa maman. J’ai aidé Lou à monter dans le bus, heureusement, nous avons trouvé une place assise. Sans cela, j’aurais été obligée de virer une vieille de son siège et ça ne m’amusait pas plus que cela. Les vieilles, ça râle, des fois c’est méchant, même quand ce n’est pas ingambe.

Arrivé à destination – le terminus –, alors que celui-ci attendait le feu vert juste devant un arrêt qui n’était pas le sien, mais qui à mes yeux avait le mérite d’être en bas de ma rue, je demandais, très poliment, au machiniste s’il pouvait nous laisser descendre là. D’autres le font.
– Oui, mais moi je le fais pas. Le ton était sec, désagréable au possible. Et pour bien me montrer sa méchante résolution, il démarra derechef et alla se garer à son arrêt, de l’autre côté de la place. J’avais donc à traverser quatre voies avec une grande saucisse de 10 ans (1,45 mètre quand même) sur le dos pesant plus de 30 kilos. Sache machiniste que je te maudis toi et tes descendants jusqu’à la deuxième génération. Et encore, j’aurais pu être plus vache !
J’ai bien essayé d’appeler le Nôm qui était censé être à la maison en gardant les deux plus petites afin qu’il vienne me donner un coup de main. Mais le fieffé gredin était parti en goguette, laissant nos deux dernières toutes seules.
Arrivées en bas de l’ascenseur, j’ai abandonné ma fille pour aller demander conseil au pharmacien mon voisin. Allez donc trouver, dans notre belle capitale, un médecin qui travaille le samedi. Quant à SOS médecin ou rien, pour ce genre de soucis (et même souvent pour le reste), c’est cautère sur jambe de bois. Les urgences, avec la grève et mes trois gamines, je ne m’y voyais guère. Je tombais sur son aide, une femme charmante, mais peu habituée à ce genre de pathologie. Elle me conseilla une pommade (très efficace) mais les hôpitaux de Paris pour une radio.
– Une radio, fis-je un rien acerbe, pour un problème musculaire ?
Heureusement, son patron émergea de l’arrière-boutique.
Mon pharmacien est un homme de bon conseil. Il me donna un numéro de téléphone, celui des urgences médicales de Paris. Ils ont, paraît-il, des médecins compétents pour des blessures d’ordre sportif.

Je rentrais donc à la maison pleine d’espoir, m’arrêtais devant le loueur de DVD pour emprunter Les Choristes, le film préféré de ma grande en ce moment, histoire de lui faire passer le temps allongée, et tentais de récupérer un carton qu’avait enfourné le facteur dans ma boîte aux lettres.
Mon facteur est un sauvage. Son sport favori est de faire rentrer dans les boîtes des paquets plus grands qu’elles. Heureusement, jusqu’à présent, ceux-ci ne contenaient que des choses qui ne cassent pas. Parce que sinon, je ne vous dis pas le massacre. Celui d’hier était tellement bien coincé qu’il a fallu que je le découpe morceau par morceau pour pouvoir le retirer. Le facteur, s’il me tombe sous la main, je l’enfourne lui, sa famille et sa descendance jusqu’à la troisième génération dans ma boîte aux lettres pour lui apprendre. Na !
Arrivée à mon étage, j’appelais illico les urgences médicales de Paris, tombais sur une voix féminine du genre rude mais rassurante : ne vous en faites pas ma p’tite dame, on va vous envoyer quelqu’un, et qui, en plus, savait de quoi je lui parlais. Bref, pro quoi. C’est tellement rare de nos jours où les hotlines vous répondent d’Inde, du Maroc ou de Tunisie en se contentant de prendre des rendez-vous ou de vous lire des notices…

J’installais ma nichée devant la télé et allais pianoter sur mon clavier.
Le médecin est passé vers 20 heures, en s’excusant de n’avoir pu passer avant. Je ne lui en demandais pas tant. On n’était sans doute pas les seuls. Il a diagnostiqué une déchirure musculaire, le tendon lui, était bien en place et visiblement pas touché. Il a passé plus d’une demi-heure à la maison (quand des médecins de ville vous expédient en un quart d’heure). Il a expliqué à Lou ce qu’elle avait, ce qu’elle devait faire et surtout ne pas faire. Très didactique. Quand il est parti, je n’avais plus aucune question à lui poser, une ordonnance pas trop lourde et de médicaments génériques plus une attestation pour le sport. En plus, j’ai pu lui faire enregistrer ma carte verte et le payer en CB. Rhaaaa lovely aurait hurlé Gotlieb dans sa rubrique à brac.
La seule chose, c’est que pendant qu’il auscultait Lou, j’ai mis mes mains dans les poches arrière de mon jean. Geste qui, en général, indique que je ne sais pas quoi en faire, de mes mains, parce que je suis très légèrement tendue. Si légèrement que j’ai un peu trop enfoncé mes poings dans mes poches et que le tissu a cédé dans un craquement sinistre. Heureusement, j’avais une chemise qui m’arrivais largement en dessous des fesses. L’honneur était sauf.
Depuis, je me balade, à la plus grande joie de mes filles, une fesse à l’air. Je n’ai plus qu’à m'acheter un autre jean. Celui là, c’est sûr, a fait son temps.

Le repas était près, le Nôm rentré. Je lui ai laissé le soin de mettre les filles à table et j’ai filé à la pharmacie. L’avantage de mon quartier, c’est qu’on trouve des officines ouvertes jour et nuit. En plus, dans celle-ci, je suis tombée sur une copine dont les enfants vont à la même maternelle que les miennes. Du coup, on a tapé la discute devant la queue des clients qui s’agrandissait. C’est incroyable le nombre de gens qui ont besoin d’une pharmacie à 9 heures le soir… Elle m’a filé plein d’échantillons. Je suis rentrée, nous avons dîné, j’ai massé la cuisse de Lou, et j’ai envoyé ma smala au lit. La grande ne pouvant plus grimper sur sa mezzanine, c’est Garance qui s’y est collée à sa plus grande joie.

Ce matin, remassage, re médoc et recanapé pour Lou qui commence à trouver le temps long. Moyennant quoi, elle a été faire un tour dans la cuisine (on se demande bien pourquoi) et, en revenant, elle s’est pris les pieds dans le carton de bière et s’est étalée de tout son long. En plus, elle s’est fait engueulée.
Elle est partie dans la chambre en claudiquant sévère et a installé le divix Sinbad sur son ordinateur. Les trois filles étaient en train de regarder le film pour la (nombre exact inconnu) fois quand nous avons entendu un hurlement. On aurait arraché une oreille de Garance qu’elle n’aurait pas crié plus fort. Elle accourt la bouche en sang.
Ah ! tout de même, pensais-je.
Elle me crache : « Léone, elle m’a arraché la dent. » Comme ladite dent n’était pas censée bouger (en tout cas, je n’en avais pas entendu parler), j’en ai conclu, à juste titre, qu’il s’agissait d’une agression caractérisée de la petite sur la plus grande. En fait, Garance était en train de regarder le film tout en mordillant un des doudous de Léone. Celle-ci voulant récupérer son bien, l’a arraché de la bouche de sa sœur sans sommation. Oui, elle a l’air doux et gentil comme ça, mais c’est une vraie sauvage.
On calme d’abord la blessée, on lui lave la bouche, on enlève le sang. Une fois qu’elle commence à récupérer ses esprits, on s’attaque à la morveuse qui se sent telle et pleure toutes les larmes de son corps (mais en profite quand même pour essayer de minimiser ses responsabilités en travestissant la vérité, la filoute).
Bon, ben maintenant que Garance est en train de faire ses devoirs, que Léone a été mise à la sieste (ce n’est pas gagné) que Lou est enfin sur le canapé, j’espère que je vais finir mon week-end tranquille, parce que ça commence à bien faire.

Ah oui, faut que je trouve un cadeau pour la petite souris. Ça va, sur ce coup-là, j’ai un peu d’avance…

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