Monté la rivié

C’était une journée particulièrement chaude. De celles où l’on ne sait pas quoi faire de sa peau, où le ventilateur est impuissant, où même faire la sieste est impossible. On me rétorquera que, là-bas, il faut toujours chaud. Oui, et non. Pas à ce point, pas tous les jours.

Ce n’était pas une chaleur humide, de celle qui poisse, qui colle à la peau. Non, l’air était sec, il desséchait les poumons à chaque respiration, donnant parfois l’impression que nous nous consumions de l’intérieur. Nous roulions les vitres toutes grandes ouvertes pour essayer de retrouver une sensation de pseudo fraîcheur. C’était l’heure de déjeuner. Nous hésitions. Nous étions prêts à faire des kilomètres plutôt que de rester enfermer entre quatre murs. Notre choix se porta sur An Kann La, un restaurant au milieu des champs de canne à sucre des Abymes, sur la Grande-Terre. Quelques conteneurs désaffectés, repeints, une halle spacieuse sans mur, ouverte à tous les vents où étaient dressées les tables.

De vent, il n’y en avait guère. Nous choisîmes une table suffisamment près des champs pour en recueillir une certaine fraîcheur, suffisamment loin pour éviter le soleil. Ti punch de rigueur, puis plats créoles. On déguste là une très bonne cuisine locale, simple mais goûtue, et pour un prix très raisonnable.
Mais à cause de la température, les filles chipotaient. Il n’y a qu’au dessert, une glace, qu’elles semblèrent reprendre un peu de vie. Le déjeuner se traînait en longueur : qui pouvait avoir envie de courir par cette température. Les taches de transpiration s’élargissaient sous les aisselles des hommes. Les femmes s’éventaient avec ce qui leur tombait sous la main, geste lent, languissant, languide. Même le zouk sur la chaîne hi-fi se faisait alangui.

Nous repartîmes, toujours fenêtres grandes ouvertes. Nous nous dirigions instinctivement vers la Basse-Terre, à la recherche d’un refuge plus tempéré. Par ces temps caniculaires, il n’y en avait qu’un seul. Pas la plage, non. Le sel rend plus acide la morsure du soleil et l’eau de mer n’arrive pas à faire baisser la température corporelle quand celle de l’air atteint ce paroxysme. La forêt tropicale et la rivière, ou la Soufrière, étaient les seules cachettes possibles.
Après la Rivière-Salée et Baie-Mahault, nous empruntâmes donc la route de la Traversée, celle qui fend la Basse-Terre de par en par, reliant Petit-Bourg à Pointe-Noire en passant par le col des Mamelles. Il y a là une étape obligée de tout touriste qui se respecte, la cascade des Ecrevisses, fréquentée également par les locaux lors des journées trop chaudes. Nous rêvions déjà de cette baignade, de cette eau parfaite, douce au corps, si pure et si propre qu’on pourrait presque la boire… Mais arrivés devant le parking, nous dûmes nous rendre à l’évidence. Celui-ci était bondé. Ce qui signifiait que la cascade était inabordable. Dépités, nous reprîmes la route et poursuivîmes notre chemin. Et puis, quelques centaines de mètres plus loin, un autre parking, moins fréquenté celui-là et des cris de bonheur qui venaient des fourrés. Par un trou dans la verdure nous découvrîmes un torrent et un coin baignade des plus charmants. Nous nous garâmes, soulagés, heureux de pouvoir sortir de l’habitacle surchauffé de la voiture.
Une fois traversée la barrière de végétation séparant la baignade de la route, c’est dans un coin de paradis que nous nous sommes retrouvés. Un endroit discret, inconnu des touristes et des guides du même nom, ou les familles, en ces temps de vacances scolaires, venaient pique-niquer ou simplement piquer une tête après le boulot.
Par bonheur, un carbet s’était libéré et nous pûmes déposer toutes nos affaires. Les filles, bientôt en maillot de bains, coururent de roche en roche vers l’eau. Et ce fut des grand ploufs ! Et ce fut des grands ploufs…

L'esprit de l'eau

Le bonheur ne se décrit pas, il se vit tout simplement. Nous sommes restés longtemps dans la rivière, nageant, plongeants, nous faisant masser par la force de l’eau dans les rapides, examinant les cailloux, riant et criant tout à la fois. Nous aurions voulu que ce moment durât une éternité. C’était notre dernière journée à Karukera, l’île aux belles eaux. Le lendemain soir, nous rentrions dans notre deuxième maison, à Paris.

Monté la rivié (Kali)
Monte la riviè wo, wooa
Entre les roches et les racines
Un jour tu verras la source da la rivière
Monté la riviè, oh
Wouvè zorey ou
Fòk ou aprann kouté bri dlo-a
I ké toujou montré'w la pou kontinyé
Kontinyé, oui, pe pe ba
Ou pé ké janmen swèf
Pli ou ké monté pli dlo-a ké fré
Pli ou ké lé bwè pli ou kè lé monté

L'esprit de l'eau

Monté la rivié wo
Entre les roches et les racines
Un jour tu verras la source da la rivière
Monté la riviè wo
Wouvè dé zyé'w gran
Toujou gadé koulè dlo-a
Anmizi ou ka monté, I ka vini pli klè
Pli klè, oui, pe pe ba
Ou pé pa garé
Afos I klè tèlman I ka briyé
Ou sé di sé an limyè ki ka gidé'w monté

La rivière d'amour, la rivière da la vie, oui
Monté la riviè
Wé wé wé, la riviè la vie, doudou

Monté la riviè wo
Afos janbé wòch ni an lè ou ké rivé lasous-la ka soti ya
Monté la riviè wo
Afos janbé wòch ni an lè ou ké rivé lasous-la ka soti ya
Monté la riviè wo
Entre les roches et les racines
Un jour tu verras la source da la rivière
Afos janbé wòch ni an lè ou ké rivé lasous-la ka soti ya
Entre les roches et les racines
Un jour tu verras la source da la rivière
Monté la riviè wo

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