Le portefeuille de cuir noir


C’était un gros portefeuille en cuir épais. Détrempé. Visiblement, cela faisait plusieurs jours qu’il traînait là, dans la cour, avant que les petites ne le trouvent et ne le ramassent. La plus grande l’avait déposé sur les boîtes aux lettres au cas où. Mais le lendemain, comme il était toujours là, c’est la mère qui l’a monté chez eux. « Il doit bien appartenir à quelqu’un qui en a besoin. »

Arrivée dans son pigeonnier, elle avait ouvert le porte-cartes et avait découvert une série de vieilles photos que l’eau avait commencé à effacer. Une en noir et blanc d’un garçon blond souriant. Une autre en couleur, d’un gaillard. Puis de très vieux photomatons d’un adorable petit affreux jojo espiègle tirant la langue. Une jeune femme brune, sérieuse comme ces photos des années cinquante. Et deux jeunes filles souriantes et heureuses. D’après les papiers, le portefeuille appartenait à une gamine de 20 ans vivant près de Toulouse. Sur la carte d’identité, figurait l’adresse.

La mère commença à chercher un numéro de téléphone. Il n’y en avait aucun. Elle regarda alors, avec les noms, prénoms et adresse si elle ne trouvait rien sur Internet. Mais là encore elle fit chou blanc. Elle rédigea alors une missive à la propriétaire du portefeuille lui indiquant qu’elle avait récupéré son bien et lui demandant si elle connaissait quelqu’un sur Paris susceptible de les récupérer.
Elle aurait pu, elle aurait dû, porter le tout au commissariat de police. Mais elle aurait perdu du temps, sans être sûre que cela soit plus efficace.

Elle s’apprêtait à coller le timbre sur l’enveloppe quand elle se ravisa. Elle ressortit un à un tous les documents. Les déplia soigneusement pour ne pas les abîmer un peu plus et les examina attentivement. Elle finit par débusquer ce qu’elle cherchait. Un papier blanc sur lequel figurait un surnom, « cha cha », trois numéros de téléphone et une adresse dans le quartier. « Impeccable » jubila-t-elle.

Elle saisit le téléphone et composa le premier numéro. Répondeur. Elle laissa un message. Elle appela le portable. Messagerie. Elle relaissa un message. Elle se décida enfin à appeler le dernier numéro près duquel était inscrit « bureau ». Si elle ne tombait pas directement sur la bonne personne, comme allait-elle présenter la chose ? Retrouver la bonne correspondante ?

Evidemment, elle s’emmêla les crayons. A l’autre bout du fil, la jeune, si elle compris immédiatement de quelle personne il s’agissait (cela doit être la nièce de ma collègue, affirmait-elle), fut extrêmement inquiète par la teneur du message. Elle pensait que c’était la jeune fille évanouie qui avait été trouvée dans l’eau, et non le portefeuille.
Une fois rassurée, elle pris les coordonnées de la mère et raccrocha.

Un quart d’heure après, le téléphone sonna. Elle décrocha. Ce fut pour entendre une voix chaleureuse et pleine de soleil. Elle lui raconta la découverte des enfants, ce qu’elle avait trouvé dans le portefeuille de cuir noir. La tante raconta sa nièce, le voyage à Paris de celle-ci pour fêter ses 20 ans, son agression, la violence. L’angoisse, le traumatisme et la tristesse de la perte des photos. « Vous comprenez, il y avait les photos de son père qui est mort maintenant. Alors si vous les avez retrouvées, la petite va être tellement heureuse. » Oui, elle comprenait, mais elle tenait à préciser que certaines photos avaient été totalement effacées par l’eau. Elle ne voulait pas que « La Petite » se fasse trop d’illusion pour être ensuite déçue. Elle avait déjà eu bien assez de soucis comme ça. « Ah oui, poursuivit sa correspondante. Maintenant Paris, elle ne veut plus en entendre parler. »

Comme elles n’avaient pas du tout le même emploi du temps, elle convinrent d’une boutique où déposer les papiers et le portefeuille une fois qu’ils seraient secs. Puis se séparèrent, l’une, tout en remerciements, l’autre tout en compassion. Le soir, en rentrant, elle regarda une à une les photos. Son mari lui fit remarquer que certaines s’écaillaient. Elle sortie son rouleau de scotch, consolida ce qu’elle put et décida de passer le tout dans son scanneur. Elle numérisa un à un les clichés. Les imprima. Mit le tout dans une grande enveloppe. Sortit une feuille de papier blanc et son stylo et commença à rédiger.

« Mademoiselle,
Mes filles ont découvert votre portefeuille dans la cour de notre immeuble. Il a dû y traîner pendant plusieurs jours dans l’eau car l’intérieur était détrempé. J’y ai retrouvé les coordonnées de votre tante qui m’a raconté votre agression. Nous en avons été désolés. Nous avons mis vos papiers à sécher ainsi que les photos. Certaines n’ont pas pu être sauvées. D’autres continuaient à s’abîmer. J’ai pris la décision de les scanner, pour en garder une trace, au cas où. Et puis je sais qu’il y a des personnes très qualifiées qui peuvent reconstituer les clichés en numérique. Je vous ai fait des sorties papier de ces scans. Je vais garder quelque temps les versions numériques. Si vous souhaitez les récupérer, vous pouvez m’envoyer un mail à cette adresse. Sinon, je les détruirai.

J’espère ne pas m’être immiscée trop loin dans votre vie privée. Nous avons été désolée par votre histoire et ce que vous avez subi pour vos 20 ans. Nous voulions que vous ne gardiez pas une idée trop négative des Parisiens.
Bien à vous »

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