Ce matin, j'ai vu

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vendredi 14 septembre 2007

Trois chemins

J'ai ouvert la grille et ssuis sortie dans la rue déserte. C'est alors que je l'ai entendu. Les écouteurs vissés dans les oreilles, il chantait tout seul. Un vieil air de blues ou de rock. Avec sa gueule burinée à l'alcool, on aurait pu croire qu'il titubait, mais non. Il dansait. Au milieu du chemin, il écarta les bras, se saisit d'un micro imaginaire, et entama son solo. C'était la chance de sa vie, il se lançait, allez, tant pis !
L'espace d'un instant, la star, ce fut lui.

Sortant de chez le kiné, je longe le square et je les vois. C'est un couple d'anciens dont les années ont cimenté la complicité. Ils sont assis l'un près de l'autre, épaule contre épaule, ils se regardent, ils se sourient. Il penche sa tête pour mieux entendre les mots qu'elle lui glisse à l'oreille. Sa main à elle caresse lentement sa nuque à lui. Ils ne disent plus rien, regardent tous les deux dans la même direction, un petit sourire figé sur les lèvres. Puis elle se lève, glisse derrière lui, légère, et l'emmène plus loin, ailleurs, poussant en dansant son fauteuil roulant.

Dans la boutique de thé. Il se tient derrière le comptoir, attentif dans son beau costume écru. Il parle peu, juste ce qu'il faut, mais avec une politesse appliquée, déférente. Ses mains rapides, précises, dansent, mesurent, soupèsent, tendent, rangent. Il remercie la cliente qui l'a à peine remarqué. Puis disparaît. C'est la pause, il en a demandé l'autorisation, accordée sans même un regard.
Vous ne le retrouverez pas devant la porte de la boutique, pas même à la sortie de service. Il s'est réfugié tout en bas d'une rue adjacente, que j'emprunte par hasard, mon paquet à la main. En chaussettes, accroupi sur une marche d'escalier, il fume lentement, ses chaussures bien alignées sur le trottoir. Il me voit et se sent découvert. Je perçois la gêne dans ses yeux. Alors je m'applique à ne pas le remarquer, à respecter son d'intimité. Nos regards ne se croiseront pas.

Oublié dans une maison de retraite pour vieux riches, le vieux saltimbanque est mort cette nuit et la presse se précipite. Pour lui rendre hommage ? Peut-être. Ou pour mieux traquer cette ancienne épouse qui opta ensuite pour un autre destin. La mort est cruelle, certes, mais pas autant que la vie. Il aurait mérité une autre fin.
A la pêche au moule moule moule, je ne veux plus aller, maman, les gens de la ville ville ville…

jeudi 13 septembre 2007

Les pieds d'une reine…

Elle est assise sur le strapontin, se tenant la tête dans la main. Tout son corps exprime fatigue et lassitude. Son regard est lointain, sa bouche sans sourire. Elle appartient sans doute à l'armée des ombres qui se lèvent avant l'aube pour aller nettoyer les bureaux...

Les yeux dans le vague, elle pose doucement la main sur sa longue jupe noire qu'elle lisse machinalement. Elle soupire, se cale sur son siège, reste indifférente à tous ceux qui passent devant elle. Et sa main continue le lent va et vient sur le tissu sombre. Foulard, chemise fermée jusqu'au menton, jupe longue, elle ne montre de son corps que ce visage las, ces mains abîmées.

A la station suivante, la foule matinale s'éclaircie. Je la vois maintenant tout entière. Et je tombe fascinée par ses pieds, admirables, décorés de henné. Je n'ai jamais vu entrelacs plus exhubérants, feuilles et fleurs plus foisonnantes que ces tatouages là. Je voudrais les photographier, mais je n'ose évidemment pas le lui demander.

Mais si un jour, en passant par le métro, vous rencontrez cette femme, ne faites pas comme les trois capitaines, ne l'appelez pas vilaine, car dans les sabots d'Hélène, dans ces sabots crottés, vous trouverez les pieds d'une reine...

mercredi 29 août 2007

Ce matin, j'ai vu

- Le soleil briller par la fenêtre de mon nid d'aigle. Que je vais bientôt quitter. J'ai eu la réponse pour mon prochain appartement, tous les feux sont au vert. Nous emménagerons courant octobre... Je suis à la fois très contente et extrêmement triste. J'aime mon appartement et cela fait vingt-sept ans que je vis dans ce quartier…

- Une carte postale qui m'a fait rire malgré mes larmes postée par trois sorcières également signée de trois elfes. Et ce fut bon.

- Des photos de La Merveille qui est tellement merveilleuse qu'on a envie de la prendre dans ses bras et de lui faire plein de papouilles dans le coup. Mais bon, par photos interposées, c'est pas simple... - Une vieille dame élégantissime et belle comme le jour. Très peu maquillée, un bandeau dans les cheveux comme cela se faisait dans les années soixante, mince dans son pantalon impeccablement taillée. Une vieille dame magnifique, mais si fragile qu'on aurait pu penser la casser rien qu'en la touchant.

- Un gamin de quatre ans, blond comme les blés juste avant la moisson, qui s'émerveillait en voyant Paris à ses pieds par la vitre du Montmartrobus et qui s'est écrié : « Maman, je vois tout le village… »

- Des nouvelles de cette jeune maman malgache qui s'était fait expulsée l'hiver dernier, laissant à Paris sa fille scolarisée dans une maternelle du quartier. Son amoureux luxembourgeois qui vit en Belgique, est allé la chercher à Madagascar et l'a épousée. Pour la petite histoire, c'est en rentrant de chez lui pour aller récupérer sa fille et s'établir de l'autre côté de la frontière que Mélanie avait été arrêtée par la PAF à Charleville-Mézières. La jeune femme vit maintenant outre Quiévrain, avec sa fille et son mari, en situation régulière...

- J'ai vu mon médecin aussi, mais ça c'est moins drôle. Je suis en arrêt de travail pour une semaine. Juste un petit trop plein...

mercredi 22 août 2007

Ce matin, j'ai vu

- La pluie toquer sur la vitre du bus en dansant la samba...
- Un vieil arabe monter dans le bus, hilare, et lancer au conducteur : « Bonjour avec le soleil ». Puis, avisant que j'avais tourné la tête en entendant son apostrophe, il m'a dit, toujours souriant, en frottant son crâne chauve mouillé : « Ha ! ça fait du bien... »
- Un papa sur le trottoir qui tenait son bébé bien serré dans ses bras en traînant la poussette repliée derrière lui.
- Un couple âgé d'une soixantaine d'années tourner en rond dans le bus pour trouver une place côte à côte. L'un a préféré rester debout plutôt que de se séparer de l'autre. Cela m'a rappelé ces voix qui me disaient, quand j'étais enfant, tout le mal qu'elles pensaient des « vieux pédés », pathétiques, moches, tristes, aigris... Je suis contente de ne pas les avoir crues. Moi je trouve que les couples qui s'aiment si longtemps sont un soleil de tendresse.
- Une maman raconter à son bébé l'histoire d'un pays où le ciel est toujours bleu.

Hier, j'ai eu des nouvelles de Lou par le vent du soir. Elle est devenue jeune fille. Ça me fait un peu drôle...